Mathieu Boogaerts : il va nous faire aimer l'an 2000

   A l’occasion de la sortie de son disque « 2000 » en cette rentrée 2002, retour sur la série de concerts que Mathieu Boogaerts a donné en février dans le cadre du festival Les Jeux.

   Dire que quand on l’a connu, en 1996, à la sortie de son album « Super », Mathieu semblait étre un garçon tout timide… Ce fan de Dick Annegarn apparaissait dans un clip réalisé par Emilie Chedid, où on le voyait barbu, se faire raser tout au long de la chanson « Ondulé », mais en interview, il cherchait ses mots.

   En ce mois de février, sur scène, en solo, avec sa guitare, ses deux micros (un en devant de scène, et un au fond), il est d’une aisance folle ! Même quand la technique fait des siennes : la guitare n’est plus sonorisée au beau milieu d’un morceau, et le gag qu’il a préparé pour introduire la chanson « Le ciment » ne marche pas. On ne saura donc pas à quoi devait servir cette truelle posée sur le coin droit de la petite scène du Sentier des Halles.

   Mathieu se marre. Il a aussi installé une manette de chasse d’eau au fond de la scène, et une pédale d’écho dont il use et abuse. Naturellement, son public (qu’on devine fidèle, qui se transmet le truc entre initiés), chante avec lui.

   Il ne fut pas rare d’entendre des filles jouer des choeurs improvisés, comme sur le refrain « Néhémie d’Akkadé » (« pédaleeeeeeeer »), un morceau joué … dans le noir ! Spectacle non conventionnel donc, et l’on ne s’ennuie pas une minute.

   Mathieu blague (« je regrette, après » confiera-t-il dans un éclat de rire), change de place sur scène, allume une lampe clignotante, explique qu’il a quatre rythmes de base pour interpréter ses chansons. « Pour celle là, ça fait une semaine que je cherche le meilleur rythme, et je ne sais toujours pas »). Il présente une nouvelle chanson qui n’a pas encore de nom et met le public à contribution : vous pensez qu’il vaut mieux que je l’appelle « Las Vegas » ou « Marylin » ? » Et le public de plébisciter « Las Vegas. » Plus tard, il reprendra « Fiche le camp Jack » (reprise de « Hit the road, Jack », popularisée ici par Richard Anthony), enchainé avec « Lucille » de Michel Jonasz. Le public participe.

   Ce soir, celui qui travaille ses chansons-comptines dans son antre du côté de Nogent sur Marne, porte un pantalon bleu et un t-shirt orange. Ses couleurs fétiches, semble-t-il, puisqu’il les portait déjà sur les stickers à coller sur son premier album. Car son premier album était sur le principe du « fais-le toi-même » : un boitier nu, sur lequel l’auditeur était invité à aposer l’un des stickers offerts avec la galette … La prochaine est en route : en rappel, il nous en a même fait écouter un extrait.

   Tout comme son aptitude à composer des chansons rigolotes, les goûts vestimentaires du jeune chanteur n’ont pas changé. Bleu et orange, la couleur préférée des graphistes pour créer les logos des start-ups. Après tout, Mathieu Boogaerts, c’est un peu ça, une start up à l’ancienne, une entreprise de chansons qui n’a pour d’autre ambition de nous divertir, et y réussit !

Epiphanies : Pourquoi avoir fait quelques concerts lors du festival Les Jeux, alors que tu préparais l’album « 2000 » et que tu cherchais encore une maison de disques ?

Mathieu Boogaerts : Je préparais mon disque, et ça prenait pas mal de temps … Avant de sortir des disques, je ne faisait pas de scène, mais depuis, je suis habitué à l’énergie que ça donne. Comme je me suis senti en baisse d’énergie. C’est difficile de garder la foi quand on prépare un disque est que personne n’est là pour te dire « c’est bien. » J’avais besoin de me faire applaudir. J’en ai parlé au responsable du festival Les jeux, et ils ont dit OK. D’où les concerts de février. Ca m’a fait du bien, donc opération réussie.

Dans tes premières interviews fin 95, tu étais d’une timidité extême. Aujourd’hui, sur scène, tu es très à l’aise, tu dialogues avec le public. On dirait que ça t’a évité de faire une psychothérapie. La scène t’a révélé à toi-même ?

On se prépare à un concert. Il faut se conditionner mentalement pour se dire que pendant un bon moment, on va tenir la vedette. Mais si j’étais dans le public d’un concert de’un pote et qu’il me demandait de monter sur scène, ce serait impossible. C’est toute une préparation. je peux être timide, ça dépend des situations. je ne suis pas le roi du pétrole toute la journée. Les premières interviews, ça fait peur… après on maîtrise.

Etre sur scène juste avec ta guitare, c’est un format habituel, ou cela vient du fait que le Sentier des Halles est petit et que tu étais peu préparé ?

Il y a plusieurs raisons. C’est un format que j’ai déjà fait souvent, mais ce n’est pas exclusif. Quitte à faire trois petits concerts, autant les faire seul. Etre seul, paradoxalement, c’es une confort énorme, je peux changer la tonalité, la structure, le tempo au dernier moment … Tout est possible. Avec un groupe, tout a été répèté, c’est mieux dans un sens, mais les choses sont plus figées.

 

Il y a une part d’impro. Par exemple, tu t’arrêtes au milieu d’une chanson, tu racontes un truc …

Parfois, je sens comme un troisième oeil, qui me regarde en disant « qu’est ce que tu fais », et puis je me laisse aller. il ne faut pas trop faire le pitre car c’est au détriment des chansons parfois ? mais j’aime bien que les gens rie. Une série de chansons, ça peut avoir un air grave. mes chansons ont de l’importance pour moi, ce sont de petites tranches de vie, mais je dis aussi « ce ne sont que des chansons. » Cette attitude comique, il ne faut pas trop dépasser la limite, mais le rire est une réaction palpable : les gens rient, ça va.

Ton père est galeriste, donc je suppose que le fait de se dire « je vais vivre de mon art » n’est pas incongru …

Il était brocanteur … puis antiquaire et galeriste. Il change souvent. il vend pas de l’art, mais du mobilier, des objets. Et puis vendre un tableau et faire des chansons et de la scène, ce sont des univers très différents. Ce n’est pas ça qui m’a fait croire que je pourrais en vivre.

Tes chansons naissent sur une guitare ?

Mes chansons, c’est une voix, une guitare, c’est modeste. C’est pour ça que « l’emballage » de mon premier album était fait de petits autocollants à coller soi-même. Mes chansons, j’avais envie de les emballer avec des choses qui font partie de ma vie, des choses accessibles. Donc c’est faire des petits bouts de plastique, des machins parce que j’aime bien. Si j’avais vécu toute ma vie dans un appartement bourgeois du cinquième arrondissement, j’aurais eu naturellement d’autres envies J’aime les choses simples et bricolées. C’est ma façon de vivre. Je pense que dans mes chansons, il y a de cela. Avant d’enregistrer, de penser à la production, je valide le fait qu’elles marchent à la guitare.

Mathieu Boogaerts « 2000 », 1 CD (Tôt ou Tard), 2002

Infos : https://mathieuboogaerts.com

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *