Meredith Monk "Impermanence"

   Ce qui frappe chez Meredith Monk, c’est le travail sur les voix : elle-même dotée d’un organe qui couvre trois octaves, elle s’est entourée d’un ensemble vocal pour créer cet album qui traite de la fragilité de la vie… Ainsi donc, sur des titres exécutés au piano et parfois rehaussés de violon, de flûte traversière ou de percussions aux sonorités atypiques, on ne s’étonnera pas que l’artiste, adepte de la « technique vocale étendue », flirte parfois avec le bizarre, la dissonance, les climats paradoxaux.

Meredith_Monk_-_Impermanence   Si certains titres renvoient à une sorte de gaîté enfantine (« Skeleton Lines »), il est parfois aussi difficile de démêler la beauté et la douleur dans ces compositions toujours sur le fil…

   Si les premières minutes d’écoute charment autant qu’elles déroutent, Monk installe, morceau après morceau, un univers forcément attachant. Comme la vie – on devrait écrire la Vie – la musique de l’américaine suit un cours parfois sinueux, parfois éclatant, passe par le bonheur ou les larmes, chemine avec espoir, lutte contre l’adversité, avance et avance encore, avec un désir de beauté bien chevillé au corps. Tout est impermanent dans nos vies, nous ne sommes que de passage, aussi fugaces que les ondes de la musique révélée par cette galette de plastique qui tourne au dessus du rayon laser, donc il faut s’abandonner à ces mélodies, pour goûter à une petite mort, s’effacer, tangenter l’éternité, pour mieux revenir ensuite dans le monde réel… impermanent. Et si, finalement, la seule chose permanente était la recherche de la beauté ? L’art de Monk est une invitation à la philosophie.

   Dans une époque qui ne jure que par la jeunesse et se grise de plaisirs immédiats pour ignorer la mort – quand il faudrait au contraire en dompter l’idée – la compositrice ose interroger ce thème. Composer autour de la mort n’est pas morbide (c’est le modèle de la fête des morts au Mexique, moment de festivités où les participants se griment en squelettes) et cela doit au contraire renforcer chaque auditeur dans l’idée que la vie, parce que fragile, est précieuse… donc belle, même si elle aussi flirte avec la douleur, le paradoxe, le doute.

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Jean-Marc Grosdemouge

Meredith Monk « Impermanence », 1 CD (ECM New Series/Universal), 2008

Infos : www.ecmrecords.com

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