Miossec à La Cigale, Paris, samedi 26 octobre 2002

   C’est avec un peu d’appréhension que l’on pouvait se rendre à ce concert : Miossec traîne une vieille réputation de harangueur de foules (au début de sa carrière, il avait coutume de prendre à partie le public) et j’avais le souvenir de quelques courriers de lecteurs dans la presse rock écrits par des gens furibards après avoir assisté à des concerts vite expédiés, qui s’étaient jurés de ne plus remettre les pieds dans une salle programmant Miossec.

   La salle s’éteint. Une chanson de Mathieu Ballet intitulée « La canicule » (téléchargeable sur le site officiel de Miossec) retentit. Puis le groupe apparaît, et Miossec entame sa première chanson. Le Breton et son groupe sont pratiquement entièrement dans le noir. Un spot placé au pied du micro de Miossec l’éclaire en contre-plongée, lui donnant une figure grimacante. Le concert se déroule, dans des lumières plus agréables, et la température ne tarde pas à manquer. C’est un Miossec affable, et carburant à l’eau que l’on découvre ce soir, disant un mot du score du match PSG-OM de l’après-midi avant d’entonner « Evoluer en troisième division ». Un Miossec attachant, pas grande gueule, qui dit « je la connais déjà » quand des plaisantins lui lancent « à poil ! » Attention, pas calmé, musicalement, le bonhomme… Au contraire ! De ce côté-là, Miossec et ses cinq musiciens ont sorti la grosse artillerie : la plupart des titres sont de vrais tourbillons de gros son. Et la trompette ou les saxos qui jouaient autrefois en dentelle sont très soutenues, ambiance Calexico. Quant à l’orgue, il confère des ambiances cotoneuses en arrière fond des morceaux. Le claviériste hoche la tête. on dirait qu’il donne des coups de boules virtuels. D’ailleurs, ce soir, la musique de Miossec, c’est coup de boule, dircet à l’estomac, uppercut garanti, et on en redemande.

   Rares sont les chansons calmes dans un set de Miossec nouvelle mode : même les premières chansons, de l’album « Boire », qu’on a connues dépouillées, sont toutes ici revisitées façon mur du son. A part « Non, non, non (je ne suis plus saoûl) », interprétée à la toute fin du concert, au troisième rappel, par un Miossec solo à la guitare. Un Christophe Miossec qui s’est donné sans compter : de l’énergie qui fait plaisir à voir. Le chanteur martèle son tambourin, renverse les pieds de micro (le public du premier rang doit les rattraper pour ne pas les prendre sur la tête, donne de la voix. Une voix un peu écorchée. Miossec éructe parfois plus qu’il ne chante, mais c’est moins n’importe quoi que chez Arno, qui chante souvent éméché. C’est aussi électrique que Noir désir (qui eux (pas comme Noir Désir qui, eux, ont fait une partie de sa tournée d’été bourrés comme des coings). Il éructe, mais il est toujours émouvant, toujours sur le fil.

   Miossec baigne dans la lumière. Des dizaine de spots différents et des néons se tiennent derrière lui. Et un grand cercle sur lequel viennent se concentrer les faisceaux de plusieurs spots. Vu du balcon, ça peut ressembler à la lune. Vu de l’orchestre, ça doit ressembler à une auréole. Miossec serait-il devenu un saint ?

Jean-Marc Grosdemouge

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *