Nik Cohn "A wop bop a loo bop a lop bam boom"

   Greil Marcus a dit de ce livre qu’il est « le premier grand livre sur le rock’n’roll, et, encore aujourd’hui, celui par lequel il faut commencer ». En 1969, Cohn voulait « saisir la pulsation du rock ». Et aujourd’hui, son livre fait encore autorité.

Capture d_écran (7)   Après lecture de ce livre-monument, on ne peut que se ranger derrière l’avis (ô combien éclairé) de Marcus. Nick Kent, lui, parle du « grand livre fondateur de la critique rock dans les années 60. » Et il est vrai que ce livre, qui se lit comme une épopée, est une somme pas assommante qui se lit avec délice.

   En 1969, Nik Cohn, né en 1946 est déjà un jeune retraité de la critique rock. Ayant fui l’école à seize ans et quitté son Irlande natale à dix-sept, Cohn débarque à Londres en 1963, devient représentant des chemins de fer dans une agence de voyages, histoire de gagner sa croûte. Il ne le restera pas longtemps : comme il l’explique dans son avant-propos à la réédition de 1996, le succès des Beatles crée un besoin de la part des journaux de parler de la culture jeune. Nik Cohn devient donc journaliste au très sérieux « Observer ». Pendant six ans, il va se gaver de rencontres, de disques et de places de concerts gratuites. Puis il décide qu’il ne veut pas devenir un tricheur dans le milieu rock. Il veut se souvenir du choc que fut sa rencontre avec le rock. Un éditeur l’envoie dans une maison isolée du Conemara. Cohn va y passer le plus clair de son temps à coucher par écrit tous ses souvenirs (et tant pis s’il se trompe parfois) avant dit-il, de « passer à autre chose ». On parcourt en sa compagnie plusieurs décennies en compagnie des héros et « zéros » du rock, leurs managers, leurs concerts, etc. Le tout est émaillé d’anecdotes savoureuses. Et quelques points de vue osés : « Avec les crooners (…), les filles avaient eu des coups de coeur, avaient soupiré, s’étaient évanouies et avaient sangloté dans leurs mouchoirs. Avec la pop, en revanche (…), elles mouillaient leur petite culotte et se masturbaient. »

   Cohn maîtrise à merveille son sujet, mais il n’est jamais professoral : c’est plutôt le grand frère qui connaît plein de choses et vous prend par la main pour vous faire découvrir sa discothèque… et tout vous dire à propos des coulisses. Les plus grands ont droit à leur propre chapitre dans ce livre : Eddie Cochran, Bill Haley, Bob Dylan, P.J. Proby ou Phil Spector et bien sûr Elvis Presley. On ressort de ce livre avec une envie : aller fouiner chez le disquaires pour découvrir en musique ces figures mythiques dont il a été question, ceux qui ont fait cet « âge d’or du rock » : les Coasters, Little Richard (en couverture de l’édition 10/18 du livre), Fats Domino, Larry Williams, Screamin’ Jay Hawkins, Duane Eddy, Gene Vincent, Charlie Rich, les Everly Brothers, Cliff Richard, Billy Fury, Adam Faith, Del Shannon, et tous les autres. Nik Cohn n’a pas failli à son idée de départ : « saisir la pulsation du rock ». Et aujourd’hui encore, ce livre fait autorité.

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Jean-Marc Grosdemouge

« A wop bop a loo bop a lop bam boom. L’âge d’or du rock » (Editions Allia), 285 pages.

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