Noir Désir "Des visages, Des Figures"

 Revoici le groupe Noir Désir dans son numéro préféré : pas de télé, peu de promo, quelques encarts publicitaires dans la presse et un nouvel album directement en tête des charts.

Des-Visages-Des-Figures   Sans concessions, ce qui est remarquable. Sans concessions, mais avec un tube : « Le vent nous portera. » Une chanson qui ressemble aux « Sombres héros de l’amer » : même esprit, même envie de connaître le texte pour le chanter. Les « Sombres héros », c’était en 89, autant dire hier. Le groupe venait de signer avec Barclay, et certaines personnes dans leur entourage craignaient qu’ils ne sombrent corps et âmes dans le show biz et les paillettes.

   Douze ans plus tard, on n’a pas le moindre doute sur leur intégrité. Après deux albums marqués par la rage fugazienne (« Tostaky » et « 666.667 Club »), et un album de remixes, les Bordelais reviennent aux affaires. « Des visages des figures » est en partie assagi côté décibels (on est de plus en plus dans le registre chanson), mais Noir Des’ est toujours enragé. Que dire du « Grand incendie », sur un album sorti le 11 septembre, et de ses paroles prémonitoires ? « Ca y est, le grand incendie / Y’a l’feu partout, emergency / Babylone, Paris s’écroulent / New York City » chante Bertrand Cantat.

   Que dire alors ? Tout simplement que ça fait longtemps que Noir Désir joue les oracles, et que l’on serait bien inspiré d’écouter leurs précédents albums ? Et puis il y a la « touche » Noir Désir : citer le nom de Vivendi dans « A l’envers, à l’endroit » quand on sort son album chez Universal, la maison de disques de Jean-Marie Messier, ou dédicacer la chanson « l’homme pressé » à Thierry Desmarets, le PDG de TotalFina Elf, lors d’un concert à Toulouse après l’explosion de l’usine AZF, c’est fort ! Sur cet album, le groupe signe une chanson de 23 minutes (feat. Brigitte Fontaine dans le rôle des messages personnels ambiance BBC pendant la seconde guerre mondiale), et s’essaie à une reprise : pas de n’importe qui, puisqu’il s’agit d’une chanson de Léo Ferré, « Des armes. »

   Bertrand Cantat se sort fort bien de ce périlleux exercice : mieux, sa voix, sa scansion ressemblent à s’y méprendre à celle de Léo. Cette référence anar ne surprend pas, et puis Léo est l’une des figures tutélaires du label Barclay. A une époque où il vendait peu, ce sont les énormes recettes des disques de Dalida qui permettaient à Eddy Barclay de continuer à le laisser enregistrer. Noir Désir, eux vendent, mais n’ont pas vendu leur âme au diable, qu’on se le dise. Juste à Universal.

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Jean-Marc Grosdemouge

Noir Désir « Des visages, Des Figures », 1 CD (Barclay/Universal), 2001

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