Norma Winstone "Distances"

Le moins que l’on puisse dire, c’est que, chez ECM, les chanteuses ont une classe folle et, après Susanne Abuehl, l’anglaise Norma Winstone vient le prouver avec un album d’une finesse et d’une élégance rares.

distances

   Est-elle une débutante ? Loin de là : elle enregistrait déjà dans les années 60 et a commencé sa collaboration avec ECM dans les années 70 avec le groupe Azimuth, dont firent part ie Kenny Wheeler et John Taylor. Pourtant, son chant est d’une telle fraîcheur qu’on la croirait sortie de son conservatoire

 

   Winstone est dotée d’une technique incomparable, mais elle n’a pas ce je-ne-sais-quoi qui fait que la chanteuse, monstre d’aisance et de professionnalisme, éclipse la femme et sa sensibilité derrière l’apparat. On sent, dans chaque note que Norma module, qu’elle y met à la fois sa compétence vocale autant que son coeur… Épaulée par le pianiste Glauco Venier (le disque a été enregistré dans sa ville d’Udine, en Italie) et par le clarinettiste et saxophoniste Klaus Gesing, elle sert à merveille un répertoire très divers, signé Cole Porter (« Every time we say goodbye »), Erik Satie (le poème de Pier Paolo Pasolini, « Ciant », est mis en musique sur « Petite ouverture à Danser »), ou Peter Gabriel (« Here comes the flood ») et un rythme calypso (« A song for England ») se glisse même dans la tracklist, en toute discrétion puisque, de toute façon Norma Winstone peut prendre n’importe quel titre pour façonner quelque chose qui n’appartient qu’à elle. La voix de Norma est ici un instrument qui se mêle au piano, à la clarinette basse ou au saxophone soprano, une conception déjà à l’oeuvre autrefois au sein du groupe Azimuth.

   Epuré dans la forme mais riche de sous-entendus et d’émotion, ce disque captive l’attention, abolit le temps. Entre musique de chambre et jazz vocal, « Distances » abolit justement les distances entre ces deux genres… Seule compte ici l’absolue perfection de la musique, et autant le dire sans détour : ce disque est d’une perfection rare. Si vous ne devez acheter qu’un disque de jazz cette année, optez pour Norma Winstone. Les frissons, de bas en haut des épaules, du début à la fin du disque, sont garantis.

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Jean-Marc Grosdemouge

Norma Winstone « Distances », 1 CD (ECM/Universal), 2008

Infos : www.normawinstone.com

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