Overhead à La Scène, Paris, mardi 17 décembre 2002

 

   Après avoir fait connaissance avec le public lors du dernier festival des Inrockuptibles, le quintette français Overhead était à la Scène, petite salle mais bondée pour l’occasion. Overhead était là pour interpréter des titres de l’album « Silent Witness », sorti cet automne chez Naïve. Un premier album qui se révela vite chaleureux et intimiste, donc pas forcément évident à rendre au mieux dans une énergie live. Pari tenu. Mené par Nicolas Leroux, Overhead restitue comme il faut les ambiances ouatées de sa pop atmosphérique. Nicolas leroux, on l’aurait imaginé un peu frèle, eh bien non, c’est un grand gaillard avec de gros bras. Et une casquette sur la tête. Si l’on n’avait pas su grâce à Kurt Wagner, leader de Lambchop que casquette n’est pas synonyme de voix à deux balles, on aurait pu croire ledit Nicolas skateur ou fan de hard métal. Il l’est peut-être, mais ce soir, il a joué sur du velour, et s’est ingénié, et avec talent, à délier ses cordes vocales (qu’il a fort agiles dans tous les sens). On aurait pu se croire à New York, au Sin-é, quand il y a quelques années, un certain Jeff Buckley y faisait ses premières armes.

   Votre serviteur, qui a eu l’occasion de voir Jeff Buckley sur scène (pas au Sin-é, mais tant pis) peut vous assurer que Nicolas Leroux a une présence qui approche fortement celle de feu Jeff. La référence à Buckley n’a rien de gratuite : à entendre les chansons de « Silent Witness », à entendre Leroux chercher à faire vibrer sa gorge, on se doute que « Grace » a dû marquer le musicien français. De ce concert, on retiendra surtout les morceaux calmes, les deux morceaux dédicacés (l’un à un certain Joel, « Out of your sleep », l’autre à « Georges-Alain, qui est parti ») n’arrivant pas à nous émouvoir autant qu’ »Innerself. »

   Idem pour le seul morceau du rappel, « Close », dont la structure a été « terminée il y a trois jours. » C’est un morceau très énergique qui ne cadre pas avec la beauté contemplative de « Silent Witness. » On préfère les notes de basses économes de Jean-Claude Kebaïli, qui évoquent le Sting période « Englishman in New-York », ou la guitare jouée à l’archet comme chez Sigur Ros. Et puis Nicolas Leroux, qui a vécu en Angleterre, chante parfaitement dans la langue de Shakespeare, les yeux fermés, un sourire épanoui d’une oreille à l’autre laissant voir ses canines. On avait la délicieuse impression ce soir, à écouter Overhead, que toutes les graines de mélancolies semées dans les années 90 par les Portishead ou Mazzy Star venaient de trouver un terreau de premier choix en France en ce début de troisième millénaire. L’impression aussi que ce groupe pourrait plaire outre-Manche et pas seulement par ici. Tant mieux pour eux. Et tant pis pour le public français si une gloire européenne venait d’ici quelques années nous enlever Overhead lors de longues tournées. Si ça arrive, ils l’auront bien cherché…

Jean-Marc Grosdemouge

 

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