Pauline Croze, coeur brésilien

   Comment vous en parler au mieux ? Ce n’est à proprement parler un disque de bossa nova (on y reviendra), tout n’est pas réussi, mais il y a quand même, dans la nouvelle livraison de Pauline Croze quelques perles qui méritent qu’on s’y attarde. On vous explique tout.

ob_d4927f_front-pauline-croze-bossa-nova   Quand s’ouvre ce disque par « La Rua Madureira » aux accents doucement électro (la voix de Pauline a été samplée et tourne en arrière fond), on se dit qu’on tient peut être enfin la première réponse sérieuse et made in France au « Tanto tempo » de Bebel Gilberto, sorti en 2001 et qui reste à ce jour la tentative la plus belle et la plus réussie en matière de « rénovation » de la bossa, dont la mélancolie est indémodable (il n’est qu’à écouter les pionniers Luiz Bonfa ou Baden Powell pour s’en convaincre).

Perdu : en même temps Bebel est la fille de Joao Gilberto, inventeur de la bossa avec Jobim et De Moraes, et a travaillé avec le talentueux producteur Suba. D’abord; la bossa, c’est comme le blues ou le reggae : c’est un rythmé très particulier et puis on est en France où l’on prononce « Jo-a-o » quand on faudrait dire « jouan », où l’on appelle parfois Tom Robim (perdu c’est en espagnol que le J se prononce R) et où l’on croit (et là le contresens est grave) que la bossa c’est joyeux, sable chaud et noix de coco. Ceci dit, ce disque de Pauline Croze vaut tout de même le détour… en triant

Car il faut oser le dire : si tout n’est pas réussi (« Jardin d’hiver » en simili dub, c’est moche), et si l’album confond la bossa nova (mélancolique, comme « La fille d’Ipanema » de Jobim, qui fait partie des reprises réussies) et la MPB de Gilberto Gil ou Chico Buarque (« Essa »), c’est surtout une belle façon de rendre hommage à ceux qui ont été les passeurs de la musique brésilienne en France : Mchel Fugain (« Fais comme l’oiseau »),  Nino Ferrer (« La rue Madureira »), Claude Nougaro (« Tu verras »), Georges Moustaki (« Les eaux de mars » est pas mal mais pas aussi mutine que la version d’Atlantique en 1994), ou Pierre Barouh (« Samba saravah ») qui vient de disparaître. En somme, il n’y a que le « Qui c’est celui là » de  Pierre Vassiliu qui ne figure pas au tracklist.

Après avoir commencé par une « Rua Madureira » pas si extraordinaire à cause d’un « détail » (c’est très dur de chanter sur un rythme bossa et Pauline Croze manque parfois de peu la sortie de piste) mais assez réussie pour effacer dans mon souvenir celle, hideuse et pleurnicharde, qu’en fit Cali il y a quelques années sur la compilation « On dirait Nino », l’album se clôt par « La chanson d’Orphée » qui, elle, est topissime. Entre deux, vous l’avez compris, le reste est à l’avenant.

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Jean-Marc Grosdemouge

« Bossa Nova », 1 CD, 2017 (Un plan simple)

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