Philippe Pozzo di Borgo "Toi et moi j'y crois"

   Après avoir raconté son parcours dans un livre qui a inspiré le film « Intouchables » avec François Cluzet et Omar Sy, Philippe Pozzo di Borgo, homme d’affaires devenu tétraplégique suite à un accident de parapente, a écrit plus récemment « Toi et moi j’y crois », dans lequel il livre sa vision de la vie. Un ouvrage à la fois philosotphique, sociétal et spirituel.

pozzo   S’il fait parfois référence au film qui a fait connaître sa vie et son amitié avec Abdel, son auxiliaire de vie (Driss dans le film), Philippe Pozzo di Borgo utilisé aussi l’adjectif sous la plume de Emmanuel Kant : « tout humilié est digne, qu’il soit pour certains une image du Fils de Dieu ou simplement parce qu’il est membre de l’humanité. Emmanuel Kant établissait cette dignité ontologique : tu es intouchable ! La société a beau l’humilier, le rejeter, le marginaliser, l’autre garde sa dignité intouchable. »

   Or dans ce livre, page après page, Pozzo di Borgo répète cette idée pour le coup très lévinassienne : c’est dans la rencontre avec l’autre que je me découvre. En me laissant approcher et en me mettant à nu, je découvre aussi en moi même qui je suis.  C’est en cela qu’il faut croire au « toi et moi », quel que soit le domaine : amical (le cercle des amis de parapente), pro (Pozzo di Borgo confesse ne pas avoir été quelqu’un très à l’écoute de l’autre quand il était aux affaires), familial (là aussi, il s’estime un piètre père avec ses deux premiers enfants) et sentimental (la rencontre avec sa deuxième épouse, Marocaine).

   On découvre d’ailleurs que peu de temps après son accident, la première épouse de l’auteur, Béatrice, est morte d’un cancer. Elle était croyante et organisait des réunions de prière dans l’hôtel particulier du couple. Philippe Pozzo di Borgo raconte comment il s’y est joint, d’abord de manière un peu distante, mais que quelque chose s’y est joué qui a participé d’un éveil philosophique voire spirituel, même s’il ne professe pas croire en Dieu, sans forcément en rejeter l’idée. Tous les livres de Pozzo di Borgo ont néanmoins été publiés chez Bayard, maison d’édition assomptionniste.

   Il faut en outre lire ce livre stimulant pour les quelques pages où il est question de la fin de vie : parce que Pozzo di Borgo qui connait bien le sujet pour être en fauteuil roulant depuis vingt-quatre ans, redit cette vérité simple : aucune loi ne peut déterminer qui est digne de vivre ou pas : « les nouvelles tentatives de légiférer sur la fin de vie font partie de cette humiliation (dont il fait référence plus haut, NDR). Quand tu n’es plus tout à fait digne de considération parce que tu n’es plus très beau, pas très performant, pas assez autonome, que tu es en désespoir, que tu souffres, alors ‘je te débranche’ pour te ‘garantir’ta dignité. Quelle inhumanité que de se permettre un tel pouvoir !« 

   Pozzo di Borgo a eu la chance de rencontrer le président Hollande pour lui parler inclusion. Espérons qu’il aura l’oreille d’Emmanuel Macron. ce dernier pose volontiers avec les gens handicapés. Mais quel est son programme pour les exclus ?

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Jean-Marc Grosdemouge

Philippe Pozzo di Borgo « Toi et moi j’y crois », Points-Vivre, 2016, 171 pages, 

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