Philippe Robert "Rock, pop, un itinéraire bis des 140 albums essentiels"

   Pour chaque disque sacré roi des tops, il existe, tapi dans l’ombre des cachots du music business, son frère de misère, sorte de masque de fer de la culture, rejeté, pas aimé à sa juste valeur. Dans ce livre, Philippe Robert se fait le défenseur des albums sous-estimés.

rock pop   Allez, promis, c’est la dernière fois qu’on vous parle d’un livre qui compile les « disques essentiels », « à avoir », « à écouter », « à posséder », « à emprunter à la médiathèque », « à graver » etc. Ce n’est pas parce que l’auteur est un collègue d’Octopus (j’ai moi aussi l’honneur d’être publié par ce site reconnu) que je vais écrire les lignes qui suivent, mais bien parce que ce livre-ci est fort bien écrit (la description de « Loveless » de My Bloody Valentine est magnifique) et regorge de disques peu ou pas connus, de ces artistes outcast que seuls les grands connaisseurs (comme Hugo Cassavetti invité chez Bernard Lenoir sur France Inter) savent mettre en lumière.

   Car pour chaque disque sacré roi des tops, il existe, tapi dans l’ombre des cachot du music business, son frère de misère, sorte de masque de fer de la culture, rejetté, mal aimé, mais que dont une minorité de fervents entretient la mémoire… Ainsi Philippe Robert a un penchant pour les disques qui firent des flops commerciaux, ou qui représentent le côté « exigeant » de la discographie d’un artiste (« Laughing Stock » de Talk Talk » est certainement le plus bel album du groupe de Mark Hollis mais dans l’esprit du grand public, pour qui Talk Talk c’est « Such a shame » et « It’s my life »). Chez Factory, Robert préfère A Certain Ratio à Joy Division ou aux Happy Mondays. Chez Cure, il célèbre « Faith » (le meilleur disque de la « trilogie ») et non « Kiss me, kiss me, kiss me ». Pour Tim Buckley, c’est « Lorca » et pas « Goodbye, hello » qui est prôné. Ici, pas d’encens allumé pour Pink Floyd, mais une génuflexion devant Syd Barrett, le génie cramé de « The Madcap Laughs ».

   Ce livre qui assume pleinement sa subjectivité (lire l’avant propos de l’auteur pour s’en convaincre) sera donc un bon manuel pour les apprentis-chroniqueurs qui veulent savoir comment tourner de belles phrases à propos de la musique (lisez Philippe Robert, cela vous donnera une idée de la direction à prendre) et une petite réserve de bonnes idées. Pour les chroniqueurs : en plus des chroniques de Nick Kent dans « Libération », de celles de Beauvalet, Robert (Richard) et Conte dans les « Inrocks », en plus de Marcus, Tosches et Bangs, lisez cet « itinéraire bis ». Pour ceux qui n’écrivent pas mais aiment aller fouiller la musique dans ce qu’elle a de meilleur (donc de pas forcément très accessible), à chaque fois que vos pas vous ramèneront malgré vous sur l’autoroute du formatage, vous irez ouvrir une page de ce livre au hasard, vous pointerez l’index sur un nom, un titre et vous irez chercher ce précieux disque qui vous ouvrira de nouveaux horizons. Bonne ballade sur les routes de la découverte, dépaysement garanti.

Jean-Marc Grosdemouge

« Rock, pop, un itinéraire bis en 140 albums essentiels », Editions Les Mots et le reste, 308 pages, 2007

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