PJ Harvey, impériale en scène

   PJ Harvey n’aime pas faire comme les autres, et voulait un DVD différent. Ce n’est pas moi qui le dit, mais Polly Jean elle-même dans une sorte de confession filmée caméra au poing, dans l’une des séquences qui entrecoupent les chansons captées un peu partout.

pj leave bien   Plutôt que de filmer un seul et même concert de A à Z, ce DVD en propose plein de sets : dans des festivals en plein air ou des salles, et plutôt que de se la jouer super friqué avec caméra montée sur grue et images soignées, c’est une armada de caméras DV qui se charge de restituer au plus près la frénésie quotidienne d’une tournée de l’Anglaise, même si un équipement pro a aussi servi à capter des images plus conventionnelles. On se croirait parfois dans la tournée de Radiohead qui a suivi « OK Computer », immortalisée dans le film « Meeting people is easy ». En tout cas, vive la technologie moderne qui permet de ramener des souvenirs visuels pour trois fois rien et change totalement l’esthétique des captations de concerts : finis les mouvements de caméras très propres, les cadres un peu académique, place au contraire à une spontanéité qui colle mieux au propos. Le rock, ça sent la bière, la tabac et ça sent sous les bras.

   Impériale, Harvey, en reine Victoria du rock qui règne sur des fans de plusieurs continents, est féline comme jamais. Portée par son groupe, elle déverse des flots d’électricité rageuse. Voir PJ et ses hommes, c’est assister à un show où le blues d’avant-hier se télescope avec le grunge d’hier. Peu de femmes arrivent à s’imposer dans le rock en faisant presque oublier qu’à la base le rock était une affaire de couilles. PJ Harvey est de celles-là, en digne fille spirituelle de Patti Smith. PJ ne cherche à gommer sa féminité : ses robes sont divines, et ses escarpins sexy à faire se damner les fétichistes ne l’empêchent nullement de se trémousser comme une folle.pj harvey

   Depuis quatorze ans, PJ Harvey impose son style, tout en énergie, mais qui ne renie pas totalement le glam, et donne de la voix, cette voix qu’elle sait si bien moduler, de l’éructation à la douceur. Elle qui a conquis toute une génération d’auditeurs (certains ont donné le prénom Polly à leur fille, une visite sur notrefamille.com prouvant que le prénom a de plus en plus la cote) et il fallait bien qu’elle sorte enfin son premier DVD… comme tout le monde. Mais ce n’est pas un DVD de plus, tout comme « Dry » en 1992 n’était pas un disque de rockeuse de plus.

Jean-Marc Grosdemouge

PJ Harvey « Please leave quietly », 1 DVD (Island/Universal), 2006

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