Vive la reine… de Montreuil !

   Une comédie burlesque et inclassable, plein de gens à part mais qui se tiennent chaud. Et une déclaration d’amour à la ville d’adoption de la réalisatrice : Montreuil. Le 9-3 comme la télé ne vous le montre jamais.

Photo pleine page   Il y a beaucoup de Solveig Anspach dans l’héroïne de « Queen of Montreuil » : en effet la réalisatrice aux origines islandaises, aujourd’hui disparue d’un cancer qu’elle aura trop longtemps trimbalé, installée à Montreuil signait en 2013 un film dans lequel l’héroïne, Agathe, rentre d’Islande par avion, avec sous le bras l’urne funéraire contenant les cendres de son  mari brutalement décédé quelques jours auparavant.

   Comment va-t-elle faire son deuil ? On n’a même pas le temps de se poser la question, et elle nom plus, car dès qu’elle rentre chez elle en taxi, rue de la Fraternité à Montreuil (pour la petite histoire, la rue où résidait vraiment Anspach), elle retrouve la blonde Anna et son fils Ulfur, croisés quelques heures auparavant à la douane de l’aéroport : ces deux Islandais partis en Jamaïque, ne peuvent rentrer chez eux à cause de la crise financière.

   Agathe les accueille bien volontiers. Comme elle est réalisatrice, elle aimerait bien se plonger dans le travail : se plonger dans un montage, après tout, ça anesthésie, mais son producteur le lui déconseille, et puis c’est le défilé dans sa petite maison de ville. Il est vrai que dans ces moments là, on aimerait bien pourvoir compter sur les amis, mais les siens sont un peu à la ramasse, et quand ils ne viennent pas lui emprunter des sous pour acheter des clopes, ils ne sont pas vraiment là pour l’épauler.

   Burlesque de bout en bout (en préfère ne rien dévoiler pour vous laisser la surprise), ce film est à l’image de la ville de Montreuil, cette oasis de loyers peu chers pour artistes rejetés par Paris : un peu barrée, mais pas mal solidaire. Et sans qu’on sache ni comment ni pourquoi, de cette situation foutraque semble émerger la sérénité. Et l’on peut penser qu’Agathe fera son deuil, faisant hommage au diction jamaïcain (réel ou inventé pour le film ?) : quand une femme aura surmonté la mort de son mari, elle sera la reine. La reine de Montreuil bien sûr !

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Jean-Marc Grosdemouge

« Queen of Montreuil » de Solveig Anspach, 2013, avec Florence Loiret Caille

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