Rage Against The Machine "Rage Against The Machine"

   A vingt ans, j’avais un poster de Che Gevarra dans ma chambre. Quatre ans après la fin de la guerre froide cela pouvait paraître fou de punaiser un héros de la révolution socialiste cubaine, mais c’était pour une bonne raison : au dessus du célèbre béret était inscrit « Rage Against the Machine » et en dessous « Bombtrack ».

RageAgainsttheMachineRageAgainsttheMachine  Par « Machine », il faut comprendre « machinerie », c’est à dire un système qui oppresse le peuple. Car le groupe californien, emmené par le chanteur Zach de la Rocha, un chicano, et Tom Morello (dont le père a combattu pour l’indépendance du Kenya) est un groupe militant anti-Bush (le père à l’époque, cela de soi) entre autres. La basse de Timmy C. glisse tel un reptile sur le bitume chaud de Los Angeles, et derrière sa batterie Brad Wilk martèle sec.

   Sur fond de rap hardcore, le leader maximo de RATM donne aux maximum de ses capacités vocales pour vitupérer contre le système : « we gotta take the power back » (« il faut reprendre le pouvoir ») est un thème fondateur de la rhétorique du groupe. L’incitation à la rébellion par la destruction aussi : « burn, burn, yes ya gonna burn » hurle De la Rocha sur « Bombtrack », première chanson de cet album dont la couverture présente un moine bouddhiste en train de s’immoler par le feu pour protester contre la guerre au Viet-Nâm. Référence à une époque où les pays non-alignés commençaient à faire parler d’eux (notamment grâce à Fidel Castro ou Hô Chi Minh), et où de nombreux pays du tiers-monde commencent à se libérer de la tutelle de la colonisation.

   Plus proches de Malcolm X le fondateur des Black Panthers, que du pasteur Martin Luther King et son message non violent, plus proches des censés Public Enemy que des commerciaux Red Hot Chili Peppers, RATM sont le vrai piment du rock des années 90, aux côtés de Nirvana. Pourtant produit par la multinationale japonaise Sony, le groupe ne rogne en rien son message sur ses chansons-brûlots : l’emblématique titre « Killing in the name » en témoigne, dont les paroles (non reproduites dans le livret clament : « Fuck you, I won’t do what you tell me » (« va te faire foutre, je ne ferai pas ce que tu me demandes »).

   Un contexte brûlant (les émeutes de Los Angeles ont lieu cette année-là et l’on sort tout juste de la première Guerre du Golfe…), un groupe enragé musicalement ébouriffant, des paroles pleines de hargne, il n’en faut pas plus pour marquer les esprits durablement. Et voilà comment de nos jours, comme c’était le cas en mai 1968, les jeunes gens de vingt ans ont un poster du Che dans leur chambre.

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Jean-Marc Grosdemouge

Rage Against The Machine « Rage Against The Machine », 1 CD (Epic/Sony Music), 1992

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