"Saint Amour" : à la vôtre !

479468    On connaissait les road movies à la française (« Michka » de Jean-François Stévenin) et les films de poivrots (« Un singe en hiver » de Verneuil), mais deux compères venus de Groland, Benoît Delépine et Gustave Kervern, mixent le tout. Un cocktail qui titre 12° minimum.

    Et pourtant en lisant le synopsis on croit avoir affaire à une piquette, d’autant que Groland ne fait pas dans la demie-mesure quand il s’agit de flirter avec la vulgarité : comme le groupe Odeurs, on est toujours à deux doigts du bon goût, sans jamais tomber dedans. Bruno donc (Benoit Poelvoorde) est un célibataire qui bosse dans l’élevage laitier de son père, et qui chaque année s’offre du bon temps : la quinzaine parisienne du Salon de l’agriculture lui permet de faire la route des vins sans sortir de la halle d’exposition, puisqu’il va de stand viticole en stand viticole faire empirer son alcoolémie en dégustant cul sec, et drague les hôtesses, visiblement sans gros succès. Il est flanqué de son père (Gérard Depardieu), qui veut le convaincre de reprendre l’exploitation mais ne sait pas comment s’y prendre.

    Finalement, les deux hommes vont partir sur les routes de France sur la banquette arrière d’un VTC, conduit par Mike (Vincent Lacoste), et aller de vignoble en vignoble, vivre des aventures de picole mais aussi de femmes et pourquoi pas… de sentiments. On vous laisse découvrir la suite donc, et sachez en tout cas qu’elle n’est pas dénuée d’un brin de poésie, même si l’ambiance reste tout de même assez… virile. Outre l’aspect gaudriole mâtiné de sentiments (si si), on notera que Depardieu et Poelvoorde, pas toujours bons acteurs ces derniers temps, sont ici très vrais, et que Vincent Lacoste prend de l’épaisseur de rôle en rôle : depuis les rôles d’ado (« Les beaux gosses » ou « Le skylab ») on le voit grandir à l’écran, mûrir (en fût de chêne) tel Jean-Pierre Léaud en Antoine Doisnel, et c’est peu dire qu’avec ce personnage de chauffeur mytho, dragueur et attachant, on devine en lui un futur grand.

    Trois femmes viennent compléter ce casting masculin : Andréa Férreol (l’actrice de « La grande bouffe »), Ovidie (l’actrice de films X, mais qui a fait d’autres choses depuis à commencer par des docs et des livres) et une Céline Salette aussi rouquine que sensuelle en diable. Ni vin de soif ni vin de garde, ce « Saint Amour » de 2016 est un film néanmoins long en bouche pour son jeune âge, à déguster entre convives de qualité.

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Jean-Marc Grosdemouge

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