Saint Augustin passe aux aveux

   Interpellations, confidences, exhortations, aveux, micro-narrations, souvenirs, hymnes, discours, anathèmes, chants, analyse, auto-critique… il y a tout dans les aveux. Et quand on la chance de lire les écrits d’un saint dans une traduction moderne, le choc n’en est que plus fort. Un livre bouleversant depuis dix-sept siècles. L’Eglise catholique a de racines juives et grecques, mais aussi africaines.

les-aveux-nouvelle-traduction-des-confessions-par-frederick-boyer-2   Il faut lire Saint Augustin en 2017. Oui, il faut lire cet homme qui nous parle depuis si loin… Il faut décoller l’étiquette du saint, remiser l’auréole au placard, et voir Augustin comme ce qu’il était : un Africain du IVe siècle après Jésus-Christ qui vivait dans l’actuelle Algérie. Sa mère Monique était chrétienne et a prié pendant des années pour sa conversion.

   Esprit brillant, il suivait les Manichéens, courait après les honneurs et les filles. Lassé de tant de vaines conquêtes, il rencontra Dieu, se convertit au christianisme et devint l’un des pères de l’Eglise. « Les Aveux » ont été écrit parce que certaines personnes doutaient de sa conversion au christianisme. Augustin affirme donc page après page sa rupture avec les Manichéens. Et le livre est un vrai succès dans l’Antiquité, recopié et diffusé dans le bassin méditerranéen.

C’est aussi le premier philosophe de l’intériorité, et cette traduction moderne nous fait entrer de plain pied dans sa pensée. Si la traduction classique d’Arnaud d’Andilly, (disponible en Folio) est d’une langue superbe, elle crée aussi un écran entre le lecteur et le fond. Avec la traduction présente, on a l’impression qu’Augustin est un homme de 2013. Furieusement moderne donc, sa parole ne peut que toucher nos contemporains, à une époque où le paraître et le sexe facile s’affichent avec complaisance.

   Les années passent, les siècle passent, un millénaire s’est achevé, et Saint Augustin reste indépassable. Il a écrit une quantité de textes et depuis plusieurs siècles, des gens analysent sa pensée. Une fois je suis allé à La Procure, près de la place Saint Sulpice : le rayon consacré à cet auteur est énorme. Lire les « Aveux », c’est entendre un homme à la foi ardente. Comme si un love addict (ce qu’il est pour bien des analystes) vous racontait sa vie, une nuit dans un bar du XIXe… arrondissement ça va de soi.

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« Les Aveux. Nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer », P.O.L., 2008, 402 pages.

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