Sébastien Schüller : l’heure est venue

   Quand on plonge la tête la première dans « Happiness », disque cotoneux et aérien, tout droit sorti du cortex d’un garçon un peu timide, on a tout de suite envie d’en savoir plus sur son créateur solitaire, le Parisien Sebastien Schüller.

   Après avoir sorti un maxi remarqué (« Weeping willow », acclamé par le critique) chez Capitol, Sébastien a trouvé refuge chez Catalogue, qui sort son premier album « Happiness », qui devrait sonner l’heure de son sacre. Il faut dire que, bien que l’album soit propice au repos, le musicien n’a pas ménage ses efforts. S’il a accouché sans forceps d’un bébé angélique, force est de constater que depuis son maxi, notre homme n’a pas chômé. Dans tous les sens du terme. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Sébastien Schüller : Depuis 1998, j’alterne périodes de petits boulots (à la Fnac, dans une bibliothèque, et au BHV) et périodes de chômage pour pouvoir faire ma musique.

Epiphanies : Tes périodes de chômage correspondent à tes phases de création ?

Non, j’arrive aussi à créer quand je bosse, mais je me rends compte que j’ai sauté pas mal d’étapes dans mes périodes de chômage quand j’aurais pu me consacrer un peu plus à la musique. (sourire)

Tu as toujours eu l’idée que tu es fait pour la musique, et tant pis si parfois ça t’oblige à faire des choses que tu aimes un peu moins ?

Depuis l’âge de quatorze ans, je voulais être musicien « quand je serai grand ». Cela a grandi dans le temps, et vu l’engouement de mes proches qui s’est multiplié au fur et à mesure que je progressais musicalement, je me suis dit qu’il fallait persévérer.

Tu sens que tu es proche du but ?

Oui, en tout cas dans le sens où je sors un premier album. C’était ça le rêve premier. C’est une satisfaction de le sortir, même si ça a pris du temps. Je pense que ça va me libérer d’un certain poids. Cela ne veut pas dire que je vais m’arrêter demain (sourire), au contraire, j’aimerais justement enchaîner et en faire quelques uns d’affilée. C’est bien d’enchaîner les choses…

D’être très productif ?

… on en est que meilleur. Il faut profiter des moments de concentration créatrice qu’on peut avoir de temps en temps, pour travailler. Donc j’aimerais bien enchainer sur d’autres choses, mais c’est un plaisir qu’ »Hapiness » sorte.

Tu ne crains pas trop le baby blues ?

Le secret, c’est de passer rapidement à autre chose. Il y a tellement de projets qui me passent par la tête, qui naviguent dans mon cerveau, que je me demande si j’aurai assez de toute ma vie pour les réaliser, donc ça va j’ai de quoi m’atteler à autre chose. Pourquoi pas essayer de faire un petit film, mais bon … (rire) à but personnel.

Pour y caler tes musiques ?

C’était mon idée première, mais si je vais un film peut être que le musicien en moi se mettra en retrait. Mais mon but originel est de faire un tout : un film, et la musique qui l’accompagne.

Ta musique est très cinématographique. Pour le côté piano, ça m’a plutôt fait penser à Sylvain Chauveau : on installe une ambiance, mais on n’est pas dans la virtuosité. On n’est plus dans le climat que dans la technique. C’est ton état d’esprit ?

J’ai vu Sylvain une fois sur scène, et j’ai trouvé ça plutôt bien. Il y avait un côté répétitif, mais simple, dépouillé, et qui progressait dans le morceau. C’est ça hein ?

Oui, c’est aussi comme cela que je le vois. Toi, tu es plus pop ?

Chauveau est plus proche de la musique contemporaine.

Toi, tu sonnes commes des gens tel Mark Hollis ou Robert Wyatt. Ce sont des gens dont tu te sens proche ?

J’aime la musique contemporaine, mais j’aime aussi les chansons. Mark Hollis est quelqu’un que j’admire depuis quinze ans. Il a été mon maître à penser pendant longtemps. Il ne le sait pas (rire) mais vu le peu d’interviews qu’il donne, je lis ses paroles comme la Bible. Je me suis instruit grâce à quelques unes de ses paroles. Celle de Brian Eno aussi m’ont parfois aiguillé dans ma création. Ce sont des choses que je me remémore quand je suis perdu.

Quelles sont ces idées de Hollis et Eno que tu as faites tiennes ?

L’idée forte d’Hollis, c’est sa conception des albums « Spirit of Eden » de Talk Talk. Cette idée, je ne l’ai pas fait complètement mienne, puisque je n’ai pas procédé ainsi pour mon album, consiste à faire improviser de manière répétitive certains musiciens pendant des heures et de faire ensuite le montage, faire du cut-up à l’intérieur. Je trouve ça intéressant. Au niveau de la spiritualité et de la poésie aussi, Mark Hollis a des propos intéressants. Chez Eno, des paroles m’ont réconforté. Il dit par exemple qu’on a toujours une musique en tête et qu’on cherche toujours à l’obtenir, mais qu’on n’obtient jamais le résultat souhaité. On tombe à côté, mais en enjolivant un peu l’à côté, on obtient quelque chose de pas mal. Quand Brian Eno dit ça, ça vous rassure un peu ! (rire) Si lui ne tombe pas juste, c’est normal que moi non plus je ne tombe pas juste.

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