"Le Skylab" : quand une famille vous tombe sur la tête…

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     Le Skylab, ce module spatial qui menaça pendant quelques jours de s’écraser sur la Bretagne dans les années 70, et qui donne son nom à ce film, n’est au fond qu’un prétexte. Julie Delpy aurait pu l’appeler « pourquoi je suis une artiste atypique, libre et épanouie qui emmerde les grincheux ? » mais c’eut été une posture égotripée et Julie Delpy a trop de classe pour tomber dans ce vilain travers. 

     1975, weekend en Bretagne. Albertine est une fille de onze ans dont les parents (Julie Delpy et Eric Elmosnino) sont comédiens. La grand mère (Emmanuelle Riva) vit avec eux et toute la famille part en Bretagne pour l’anniversaire de la grand-mère maternelle, Amandine (Elisabeth Laffont, dont ce fut l’un des derniers rôles avanr de disparaître). Ca commence par un méchoui dans le jardin, et l’on comprend vite que c’est une drôle de famille : les oncles et tantes d’Albertine ont tous un grain.

     Il y a le docteur un peu réac, le soldat rentré du Tchad qui est complètement zinzin depuis qu’il n’a plus sa dose quotidienne de combat, et l’oncle Albert, sous cachets (Albert Delpy, le père de Julie). Seul le couple Monique et Augusto semble bien se porter, parce que sinon, les femmes ne sont pas vraiment du genre épanoui. A peine ont-elles voient au chapitre. Du coup Anna, la mère d’Albertine, féministe et gauchiste, qui regrette qu’on ne voit pas Barbara et Ferré à la télé, passe pour une grande gueule.

     Dans la bande de mioche, Albertine est la grande, celle qui lit et que ses parents emmène voir « Le Tambour » et « Apocalypse now » au festival de Cannes. Julie Delpy n’oublie rien : la boum, le slow sur Gilbert O’Sullivan qui termine en pincement au coeur, les clopes en cachette de son cousin de 17 ans, les histoires pour se faire peur avant le coucher, jouer à papa et maman. Côté adultes, on évite de parler politique à table, parce que ça revient toujours sur les mêmes sujets (Algérie, OAS, Viet Nam, Cambodge, peine de mort) et que ça fait pleurer grand mère Amandine, qui dit « vous allez tous me tuer ! ». IL y a aussi les oncles qui savent tuer le mouton, se balladent sur la plage nudiste pour mater, et les actualités qui disent que peut-être la gauche pourrait passer en 81.

     Mais tout ça n’est au fond qu’un prétexte : au début et la fin du film on voit Albertine devenue adulte et mère de famille (Karin Viard) prouver dans la scène de l’Eurostar, qu’elle porte une grande attention à la valeur de la famille. Le message du « Skylab » c’est : on peut avoir une famille de zinzins et aimer la famille. Et puis le satellite Skylab tombe… dans la mer près de l’Australie. Tout va bien.

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Jean-Marc Grosdemouge

« Le Skylab » de Julie Delpy, avec Eric Elmosino, Noémie Lvovsky, Julie Delpy, Albert Delpy, Bernadette Laffont, Valérie Bonneton.

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