Soul Designer : emotion provider

   Fabrice Lig est belge. Prof d’histoire-géo, c’est aussi (on devrait dire surtout) un producteur techno de renom. Ses élèves ne le savent pas. Dommage quand on sait que Fabrice pense que « si elle ne donne pas d’émotions, la musique n’a pas d’intérêt ». Exactement le genre de choses que l’on devrait enseigner à l’école.

   Et une question qui ne doit pas le tracasser tant la house qu’il prodigue est sensuelle. Retour sur son parcours. Fabrice Lig a sorti ses premiers maxis sur le label de Kevin Saunderson, le maître américain de la house music. Puis il a gagné un concours organisé par le label F Comm’ qui consistait à remixer un titre de Laurent Garnier. Ce fut l’occasion pour Fabrice de remercier Laurent pour avoir passé, sans le savoir, ses morceaux house dans ses sets. En début d’année, Fabrice Lig aka Soul Designer a sorti « Walking on a little cloud » (F Communications/PIAS), un album où il rend hommage au son de Motor City, tout en imposant sa griffe : un style classe, un son léché, très haute-couture. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge.

Epiphanies : Pourquoi avoir appelé ton album « marcher sur un petit nuage » ?

Fabrice Lig : Il n’y a pas de second degré. C’était un peu mon état d’esprit au moment où je l’ai finalisé. Quand j’ai terminé cet album et qu’Eric Morand m’a dit « OK, on le sort », je cherchais encore un titre accrocheur. Et là, je marchais sur un petit nuage, c’était donc logique comme titre.

On te voit soit de dos, soit en train de courir. Ca ressemble à une apparition, c’est tout flou. C’est pour rester dans l’esprit techno, qui veut que la musique compte plus que la tête de l’artiste ?

C’est pas en rapport avec la techno, ça vient de moi. Je n’ai rien contre les gens qui se mettent en gros plan sur les CD. Ce n’est pas ma personnalité. Je trouvais plus intéressant d’avoir un chouette décor derrière. En l’occurrence, on était dans le Morvan et on a fait de chouettes photos.

Signer chez F Comm, c’est un rêve ? Il fait partie des labels que tu écoutais ?

J’aime beauccoup de labels, et il y en a pas mal avec qui j’ai rêvé de travailler. F Comm allie un peu tout : la qualité, le fait que ce soit éclectique, bien structuré, qu’ils savent travailler les artistes sans avoir l’esprit d’un major. Ils sont plus efficaces qu’une major, qui ne sait pas comment s’y prendre avec la techno. Eux ont cette expérience. Ils ne sont pas nés d’hier. Je voulais un label de qualité, et en plus ils sont pros… Et il y a le côté humain. C’est une famille. Ce soir, lors du concert (NDLR : à l’Elispace de Beauvais), le percussionniste ne pouvait pas venir, c’est Aqua Bassino qui a dépanné. Il y une dynamique de groupe. Oui, être sur F Comm c’est un aboutissement dans une carrière électronique.

En parlant de carrière, tu composes des morceaux depuis combien de temps ?

J’ai toujours travaillé. Je n’avais pas de vrai studio, mais j’ai toujours acheté des petites machines, j’ai bidouillé pour m’amuser et ça s’est structuré. Ca reste un jeu, mais qui prend forme du point de vue du résultat. Depuis cinq ou six ans, le résultat est correct, des choses qui peuvent sortir. Mais j’ai des machines de puis dix ans. Je ne suis pas musicien, je suis bidouilleur. Je ne joue d’aucun instrument … sauf du séquenceur. (rire)

Faire de la house, c’était une évidence, ou t’es-tu cherché ? En Belgique, c’est une scène très dévelopée ?

(soupir) La Belgique, c’est plutôt hard techno, boum-boum, très rapide, agressive, pas du tout musical, très loop, répétitif. On n’a pas une très bonne scène techno. Enfin moi, j’ai toujours acheté des disques et mixé des trucs sympa qui ne passent pas habituellement en club, des trucs de Detroit. Ca a forgé ma culture. J’écoute plein d’autres choses aussi. Si j’étais claviériste, je ferais peut être du jazz. Donc l’électro est sympa parce que tu peux arriver à un résultat correct sans être musicien. Il suffit d’avoir l’oreille musicale, pas plus. le reste c’est du travail.

Ta musique est bien représentative du son F Com, qu’on reconnait : lêché, un beau son, avec des ambiances bluesy. Tu as cherché à entrer dans cette « marque de fabrique » ?

Non, je ne cherche rien du tout (sourire). Je joue. Je suis en studio, je m’amuse. Rien n’est calculé dans ce que je fais. Le jour ou je calculerai, je ne m’amuserai plus, sans doute. Par la force des choses, même si je suis musicien, j’essaie de travailler le côté harmonique. Je ne peux pas écrire une partition, mais je fais attention aux mélodies. Plus j’avance, plus j’espère faire des progrès dans ce domaine et arriver à des choses plus musicales. Parfois, ça sonne jazzy, mais ce n’est pas calculé.

Detroit est une grosse influence. Tu as même écrit un morceau qui s’intitule « Detroit Sound. » Qu’écoutais-tu de cette scène ?

Le déclic, ça a été Inner City, l’un des premiers projets de Kevin Saunderson, avec le morceau « Big Fun. » C’était en 88. Ce n’était pas voulu comme commercial, mais ça a super bien vendu… C’était crossover, ça passait en radio, mais il y avait un côté émotionnel qu’on a perdu dans ce qui passe en radio actuellement. Quand je l’écoute, j’ai toujours des frissons. Je suis rentré dans la musique de Detroit par là, et puis je me suis intéressé aux productions plus techno underground de Saunderson. Il y a toujours une dimension émotionnelle dans la musique de Detroit, c’est ça qui m’a attiré, et c’est ça que je veux faire sous mon nom, dans mes mélodies.

D’où ton nom ?

Quand j’ai dû trouver un nom, « soul » c’était logique. Rien à voir avec la musique black américaine, mais parce que j’essaie de faire une musique qui ne touche pas que les jambes. Humblement, sur le dancefloor, j’essaie de toucher le coeur des gens. La musique, si elle ne donne pas d’émotions, n’a pas d’intérêt.

Fabrice Lig « presents Soul Designer, Walking on a little cloud », 1 CD (F Communications), 2002

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