Stephan Micus "Life"

     Stephan Micus est un perfectionniste. L’anecdote est rapportée par Yves Blanc dans la compilation « La Planète Bleue volume II » : il y a quelques années, le musicien est parti vivre avec les moines du Mont Athos, en Grèce. Plutôt que d’enregistrer leurs chants, il les a mémorisés et les a enregistrés à son retour, chez lui, pour en faire un disque. Poser est bien le mot puisque pour obtenir des choeurs, il est allé jusqu’à superposer vingt fois sa propre voix. D’ailleurs le morceau qui figure sur ladite compilation est le premier qu’ECM ait jamais accepté de faire figurer sur une compilation extérieure au label.

micus     Si l’on devait tenter de décrire la musique de Micus, chose étrange, il faudrait décrire bien plus ses silences que sa musique. On y retrouve un peu ce que l’on trouve dans la roue médecine chez les Lakotas : un chemin spirituel et un chemin matériel qui se croisent pour donner un équilibre. Alors, comme l’on contemple une chorégraphie, il nous faut faire appel à tous nos sens. Ensuite se laisser guider sans savoir vraiment où l’on va.

     Chaque instrument est expression, chaque expression un voyage où l’auditeur est invité à se laisser parcourir plus qu’à découvrir. Tel un arpenteur en apesanteur, chaque note est une bulle. Tel un coloriste, Micus nous offre une palette sonore immense.

   Album ambitieux, « Life » trouve dans le complexe de l’écriture une façon assez simple d’en révéler le côté créatif. Le mélange des pistes vocales aux pistes instrumentales donnent de la hauteur à ce travail de perfectionniste. Difficile alors de situer dans une catégorie cet album. Ce n’est pas de la musique japonaise, ni indienne ou bavaroise, pourtant elle en puise l’éventail des instruments. Bien au contraire, Stephan Micus nous laisse entendre qu’un peu plus de conscience de soi même devrait nous amener à transformer notre vie.

   Pas étonnant donc que Micus fasse coexister un instrument sacré judéo-chrétien avec deux symboles majeurs des deux autres grandes religions mondiales, le ney islamique et le gong bouddhiste en donnant dans cet album un rôle central à la bagana, intrument traditionnel, réservé aux chantres de l’ancienne Egypte éthiopienne orthodoxe, pour accompagner les textes sacrés. L’auteur de « The music of stones » revient avec un album minéral. Et de haut vol.

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Jean-Marc Grosdemouge et Claude Gouin

Stephan Micus « Life », 1 CD (ECM/Universal), 2005

infos : www.ecmrecords.com

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