Sun Kil Moon "Benji"

sun_kil_moon_cover   Avec ce nouveau disque, l’homme qui se cache derrière le pseudonyme Sun Kil Moon franchit un nouveau cap dans la peinture sans fard, quoique tout en nuances poétiques, de son quotidien, de son histoire et de son intimité. Avec une sincérité désarmante, Mark Kozelek nous dévoile ici toute sa personnalité de songwriter, véritable mise à nu, presque psychanalytique, qui sied à la musique autant qu’aux paroles. Le dépouillement artistique est ici au service d’une mise en abyme souvent troublante, où on ne distingue plus le chanteur du personnage, l’artiste de son oeuvre, la chanson de son sujet. Si les arpèges magiques de la guitare acoustique et la voix hypnotique déplacent des montagnes de mélancolie, pleinement assumée d’ailleurs, les textes se déploient avec une telle transparence qu’on y perçoit forcément un peu de distance ironique. Etonante prouesse pour un album traversé de part en part par la présence omniprésente de la mort et le voile de la désillusion. On salue le brio de barde folk (pour reprendre l’expression de notre confrère), on s’incline devant la performance de traversée musicale solitaire, et on verse une larme face aux déluges de sensibilité déployés sur les plages de ce grand disque triste et beau.

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Jean-Marc Grosdemouge

Sun Kil Moon « Benji », 1 CD (Caldo Verde), 2014

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