Sylvain Chauveau "Le livre noir du capitalisme"

livre noir   Bon sang ça vaut le coup d’écouter des tonnes et des tonnes de disques à longueur d’année… Grâce à cette ascèse, on tombe parfois sur une pépite. Ce fut le cas avec « Nocturne impalpable », un disque de musique instrumentale déjà, il y a peu. C’est un donc un filon, un vrai, que tient Sylvain Chauveau. Une mine de talents, qu’il exploite.

   La réédition de son premier album, dont il est ici question, vient à nouveau le prouver. « Le livre noir du capitalisme. » Drôle de nom, et pourtant, pas de discours ici. Sauf celui d’un pauvre bougre sur « Hurlements en faveur de Serge T. », qui dit « appelez-moi pour qu’on se branle par téléphone ; je vous donnerai du plaisir et après je viendrai vous baiser, d’accord ? » puis « je voudrais me battre, tuer ces cons de riches et leur crever la gueule à coups de poing … » Impression de malaise, qu’on n’avait pas connu sur « Nocturne impalpable », deuxième album de Sylvain Chauveau, découvert avant celui-ci. Mais un malaise qu’on assume : il y a sûrement quelque chose à comprendre. Même si on en perçoit difficilement le sens (si sens il y a), ces mots crus ne sont certainement pas gratuits. Discours aussi, mais mêlés sur « Mon royaume », ou la bribe « un individualisme » répond à « toujours mystérieux. » Sur « Je suis vivant et vous êtes morts », l’ambiance est carrément porno, puisque les râles d’un couple qui fait l’amour é été ajouté en surrimpression sur la musique de Chauveau. Pour le reste, les compositions de Sylvain Chauveau, souvent au piano solo (« JLG », « Le marin rejeté par la mer », « Potlach (1971-1999) ») sont toujours aussi captivantes. On notera le talent de Chauveau pour les titres. « Dernière étape avant le silence » évoque les oeuvres de Wim Mertens, « Ses mains tremblent encore » ou « Geographie intime » rappellent le grand frisson qu’on a eu la première fois qu’on a entendu « The blue moods of Spain », en 1995. Et « Ma contribution à l’industrie phonographique » ou le féérique « Un souffle dans le nuit » évoquent les travaux de Chauveau au sein de Micro:mega. Bref, on a confirmation qu’on a affaire à un grand. C’est toujours à regret qu’on associe le nom d’un musicien à celui d’un autre plus connu, mais disons que le succès que connait aujourd’hui Yann Tiersen est peut-être, est certainement celui qui attend Sylvain Chauveau.

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Jean-Marc Grosdemouge

Sylvain Chauveau « Le livre noir du capitalisme », 1 CD (Disques du soleil et de l’Acier/Chronowax), 2002

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