Toumani Diabaté au Théâtre des Bouffes du Nord, Paris, vendredi 25 avril 2008

   Lorsque nous avons chroniqué son dernier album, « The Mandé Variations », nous concluions sur : « un album essentiel, au même titre que la musique sacrée de Mozart, Pärt ou Fauré. « La musique mandingue, c’est plus vieux que Mozart, Bach ou Beethoven » explique ce soir le Malien Toumani Diabaté, ajoutant « c’est plus vieux que do ré mi fa sol la si do ».

   Celui qui est à lui tout seul la 71e génération de joueurs de kora de sa famille (« la 72 génération se prépare », assure-t-il avec le sourire) est arrivé il y a un moment sur scène dans son grand costume traditionnel clair, aidé d’une béquille, et s’est installé devant son instrument. Des mélopées enchenteresses s’en sont échappées. Les titres se sont enchainés et le son délicat de la kora a empli majestueusement les Bouffes du Nord et leur décor pourpre (on ne pouyvait rêver meilleur écrin pour la musique de Toumani Diabaté) et le concert se finit… On a l’impression qu’il a commencé il y a une demie-heure à peine, alors que notre témoigne qu’on a bien passé une heure et demie à écouter l’artiste.

   C’est que la musique du musicien mandingue a le pouvoir de suspendre le temps. Calme, elle est loin d’être simple : Diabaté joue en effet la basse, la mélodie et improvise sur son instrument. Il est seul en scène mais c’est un homme-orchestre. Pas la moindre partition devant lui : « l’inspiration est divine » confie-t-il à son public, en lavant les yeux. Au début du concert, il a remercié Dieu avant son label, et se félicite de savoir que la famille à fait le déplacement pour l’écouter. On est venu aussi et on a assisté à l’un des plus beaux concerts qui soient…

   Il avait prévenu avant de jouer « on vous a parlé de la kora : vingt et une cordes, une calebasse recouverte de peau de vache, mais c’est plus que ça ». C’est vrai, c’est bien plus que ça : un sésame vers une musique qui vous met à la larme à l’oeil. Loin des musiciens énervés qui donnent dans la performance, Diabaté est parfois parfois parcimonieux de ses notes : il frôle les cordes et l’on retient son souffle pour n’en perdre une miette. Mais elle est remplie de jolies choses, cette musique-là.

Jean-Marc Grosdemouge

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *