Yves Blanc : capteur de sons

   Yves Blanc est journaliste, réalisateur et producteur. Depuis 1995, son émission « La planète bleue », diffusée sur les ondes dominicales de Couleur 3, réunit tous ceux pour qui le mot « diversité musicale » a un sens.

Pour ceux qui ne captent pas les radios suisses, la diversité se déguste aussi sous forme de compilation. Quant au sonar d’Yves Blanc, basé quelque part du côté de l’Isère, il fonctionne à merveille, merci. Entre deux écoutes, celui qui est toujours à la recherche de la prochaine pépite à mettre à l’antenne (quand d’autres cherchent quoi mettre à l’index) a répondu à nos questions. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : Vous expliquez dans le livret de votre compilation (« La Planète Bleue 2 ») que 3000 disques sortent chaque mois et que les médias se focalisent sur les mêmes. C’est ce constat qui vous amené à créer la « Planète bleue » en 1995 ?

Yves Blanc : L’ensemble des médias ne relatent la sortie que de quelques dizaines d’albums. Et toujours les mêmes dizaines. Il me semblait urgent – et c’est toujours d’actualité, plus que jamais – de jeter une passerelle entre des artistes laissés dans l’ombre, parfois passionnants et de plus en plus isolés, et le public, de plus en plus perdu sous cette avalanche de nouveautés, souvent dispensables, qui étouffent la création, et peu à peu le marché. L’idée est de présenter une sélection d’artistes différente, exigeante, sans compromis, sans négociation, ambitieuse. Un truc que bien peu de médias font, mine de rien. Et qui ravit les gens : il n’y a qu’à voir les résultats de l’émission. Ça demande un gros travail de recherche et une indépendance absolue.

C’est votre côté « Robin des Bois » ? Opérer une redistribution médiatique ?

Je fais avec les moyens du bord, qui sont modestes. Je fais ce que j’ai toujours eu envie d’entendre à la radio… sans jamais le trouver.

Comment faites-vous ces découvertes ?

Recherche systématique et permanente. Depuis quinze ans.

Les albums reçus ?

Oui, bien sûr, et pas seulement des labels français.

Les voyages ?

Un peu.

Les recherches sur internet ?

Jamais.

Le réseau d’amis ?

Oui, un petit réseau mais de bonne tenue. Quelques auditeurs, aussi, parfois très éclairés.

Et les confrères à l’étranger ?

Malheureusement peu.

Quand vous parlez d’indépendance, cela veut dire que vous n’êtes salarié d’aucune radio qui diffusent votre émission. Vous êtes producteur au sens technique (réalisation sonore) et financier ? Qu’est-ce que cela implique ?

Que ce soit en radio ou en presse écrite, je suis pigiste indépendant. Je suis payé par les journaux et les radios auxquels je collabore mais je n’appartiens à aucune maison, à aucun appareil. J’ai fait ce choix après des années à France Inter et sur Arte. Un besoin de liberté absolu s’est imposé à moi. Economiquement, c’est risqué. Humainement, c’est difficile. Mais quelle liberté éditoriale ! On ne me commande jamais de sujet. Je traite les sujets de mon choix, à ma façon. Couleur 3, pour qui je produis La Planète Bleue (y compris techniquement), m’offre une plate-forme de liberté exceptionnelle, unique. Et les auditeurs l’entendent bien.

Quelle presse lisez-vous ?

« Libé », la presse internationale, et la presse scientifique.

Vous avez choisi Telefon Tel Aviv dans les morceaux de la compilation. Quel regard portez-vous sur ces groupes qui travaillent à la maison sur leurs machines ? je pense aussi à Pulspeprogramming ou aux russes Fizzarum…

Je n’ai pas de « regard » en général (juste un peu de nostalgie pour Art Of Noise !) J’écoute et je choisis, c’est tout. Pour garantir mon objectivité, j’écoute sans regarder les pochettes et sans lire les biographies. Souvent, je ne sais même pas ce que je suis en train d’écouter. Telefon Tel Aviv s’est naturellement imposé : tellement créatif et tellement clean ! Fizzarum a failli être sur « La Planète Bleue 2 » (on avait négocié les droits). Mais il y avait déjà suffisamment de morceaux « beats & clicks ». Peut-être sur « La Planète Bleue 3″…

On a parfois l’impression en écoutant la radio (sauf exceptions) que la culture ne paie plus tellement (en télé, ça fait déjà longtemps). L’avez-vous ressenti parfois chez des directeurs de programmes, qui vous ont dit « c’est bien votre concept, mais on préfère passer du robinet à musique avec un animateur qui passe les plats sans se poser de question » ?

Tellement souvent ! A ceci près que les directeurs d’antenne sont plus fins et ne tiennent jamais ce genre de discours. Mais ça ne change rien au fond. Le paysage radiophonique d’aujourd’hui est d’une tristesse infinie. Quel dommage ! La radio est un outil génial, on pourrait faire tellement de choses, pour pas très cher… J’ai bien peur que la radio soit perdue, oubliée. Une Atlantide médiatique. Couleur 3 faisait un truc vraiment bien il y a quelques années, les heures calmes du début d’après-midi : une programmation rock soft, savante, palpitante, séduisante… Nova fait des trucs pas mal aussi, de temps en temps.

Votre émission constitue donc une oasis dans le milieu radio… comment faire pour que d’autres oasis telles que la vôtre émergent ?

Aucune idée ! La Planète Bleue est complètement atypique dans le paysage radiophonique, tant au niveau programmation musicale qu’au niveau contenu parlé. Dans un pays comme la France, il devrait y avoir une ou deux chaînes nationales type « Planète Bleue ».

Quels sont vos projets ?

J’aimerais que le projet de collection de disques « La Planète Bleue » réussisse à vivre. Qu’il y ait un volume 3, un volume 4 et plein d’autres encore… C’est une aventure passionnante et il y a tellement de gens que ça fait vibrer ! Mais ce n’est pas gagné. Il n’est pas sûr que les auditeurs de l’émission suffisent à assurer la viabilité économique d’un tel projet. Il faut en parler autour de vous, l’offrir à vos amis…

Vous ne songez pas par exemple à créer un « Wire » à la française ? Il y a sûrement un public pour un titre de ce genre et votre profil vous placerait comme le rédacteur en chef idéal d’un tel mensuel…

Il est en effet surprenant qu’il n’existe pas de presse spécialisée pour les musiques nouvelles en France. Mais créer un titre national ne relève pas du projet qu’on monte avec trois potes ! A dire vrai, je n’y crois pas du tout. Il n’y a que les Anglais pour faire « Wire » !

Infos ; le site de La Planète Bleue

 

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