Jeanne Tallon « J’étais ouvreuse à l’Olympia »

Jeanne Tallon « J’étais ouvreuse à l’Olympia »

Ancienne ouvreuse, Jeanne Tallon a occupé diverses fonctions à l’Olympia avant de prendre la direction de la salle. En retraite depuis 1999, elle a toute sa liberté de parole. Dans ce livre, certains masques de la supposée « grande famille du music hall » tombent.

Ce livre est l’exact opposé du livre « Olympia. 50 ans de music-hall ». Si ce dernier est luxueux (papier glacé, photos abondantes), plein de paillettes, d’évocations nostalgiques, et co-écrit par l’un des noms célèbres de l’Olympia (Jean-Michel Boris), ce récit est l’histoire d’une « sans-grade » qui a réussi à force de travail.

Jeanne Tallon a commencé sa carrière professionnelle comme ouvreuse, a occupé diverses fonctions avant de prendre la direction de la salle. En retraite depuis 1999, elle a toute sa liberté de parole. Dans ce livre, au delà de l’évocation du métier d’ouvreuse et de sa vie personnelle (pas toujours très gaie), certains masques de la « grande famille du music hall » tombent. Celle qui a donné sa vie professionnelle entière à la salle du boulevard des Capucines (elle ne l’a quittée que de 1979 à 1981) décrit certaines humiliations vécues pendant sa carrière, certains coups bas, regrette que « l’esprit » de la maison se soit envolé, qu’il n’y ait plus de « générales », et décoche certaines de ses flèches à des artistes rencontrés, au détour de savoureuses anecdotes qui émaillent les pages. Ainsi, on apprend que Marcel Amont a tenté de « l’emballer » dans sa loge après en avoir fermé le verrou, qu’Aldo Maccione s’est vexé qu’elle ait refusé de l’embrasser, ou que l’animateur Arthur, au sortir d’une émission télé consacrée à la dernière soirée de l’Olympia avant les travaux, a invité la salle à se « servir sur la bête ».

Jeanne Tallon raconte la vision d’horreur qu’elle a eue en voyant les spectateurs démembrer « sa » salle. Il n’est pas rare que les artistes, les années passant, fassent mine de ne plus la reconnaitre, quand ils se produisent à l’Olympia, même si elle y a d’importantes fonctions. C’est le cas, dit-elle de Serge Lama (à qui elle avait autrefois fait un cadeau) ou de Sacha Distel (qui lui avait demandé son numéro de téléphone alors qu’elle n’avait même pas les moyens de se payer un abonnement aux PTT). Mais Jeanne Tallon s’est aussi fait des amis, parmi les employés de l’Olympia, ou parmi les artistes, comme Marie-Paule Belle ou François Valéry.

Certains chanteurs, comme Yves Montand, laissent des souvenirs impérissables à l’ancienne ouvreuse. Si elle n’a jamais oublié qu’il lui a refusé l’une des ses chemises de scène, Jeanne Tallon dit toute l’admiration qu’elle a pour Charles Aznavour, mais aussi pour Jacques Brel (qui vomissait parfois sur les chaussures de Coquatrix avant de monter en scène), et bien sûr le patron, Bruno Coquatrix, qui l’a embauchée comme A.V.S. (« à votre service » : traduire « ouvreuse ») en 1964 alors qu’elle était fille-mère et employée des impôts en journée. Ce livre démystifie en partie le musical hall, en décrivant minutieusement les rouages des coulisses et le quotidien d’une salle de concert prestigieuse.

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Jean-Marc Grosdemouge

Jeanne Tallon « J’étais ouvreuse à l’Olympia », Editions Fayard, Paris, 2004, 250 pages.

Jean-Marc Grosdemouge

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