Leila, femme puissante face au patriarcat

Leila, femme puissante face au patriarcat

On a beau aimer le cinéma d’auteur, n’avoir rien contre le cinéma iranien et savoir que le réalisateur Saeed Roustaee a déjà sorti « La loi de Téhéran », qui a reçu de bonnes critiques, on tique un peu sur la durée du film : 2h40. Et on se rappelle s’être dit devant « Winter Sleep » du Turc Nuri Bilge Celan, trois heures au compteur : « ok c’est beau, la neige, le climat contemplatif mais c’est un poil long… »

2h40, c’est en réalité tout à fait correct pour entrer dans l’intimité pas du tout facile de cette famille de Téhéran, les Jourablou, perclus de dettes et menés par un patriarche au caractère sacrément acariâtre. Leïla (Taraneh Allidousti) est la seule fille de la famille. Discrète parce qu’il le faut, elle s’est toujours dévouée pour ses parents et ses quatre frères, qui contrairement à elle qui travaille et rapporte la paie à la maison, sont une belle bande de brêles, comme elle aura l’occasion de le leur dire.

Alors que tout le monde gesticule en pure perte, Leïla, elle, agit pour essayer de sortir ses frères de la mouise dans laquelle ils semblent prêts à vouloir patauger jusqu’à la fin de leurs jours. Et quand elle parle, c’est pour énoncer des vérités. C’est donc d’un pays où les droits des femmes sont à ce point bafoués comme l’a montré l’actualité récente; que vient cette figure de femme forte. Le film, parfois qualifié de croisement entre Tolstoï et du Parrain, rappelle aussi la difficulté de marier affect et argent et à quel point on peut prendre de mauvaises décisions pour soi quand l’amour propre est en jeu.

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Jean-Marc Grosdemouge

« Leïla et ses frères » de Saeed Roustaee, sorti le 24 août 2002, distribution : Wild Bunch.

Jean-Marc Grosdemouge