Craig Armstrong : no space between us

   L’Ecossais Craig Armstrong, ex-arrangeur de Massive Attack, auteur de deux albums sur le label Melankolic et responsable de bon nombre de bande originales à succès (celle de « Moulin Rouge » lui a valu un Golden Globe) était à Paris pour promouvoir son DVD, « Piano Works, the film ». On l’a croisé tard le soir au Baron, on devait le revoir tranquillement le lendemain après-midi à l’hôtel Costes, et c’est finalement le soir, à Radio Nova que l’on rencontre Craig Armstrong, prolfique et génial compositeur, découvert en 1997 avec « The space beatween us ». Pour avoir la chance de discuter avec lui, il aura donc fallu 9 ans. Et quelques heures. Mais ça valait le coup. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Craig Armstrong : J’ai étudié le piano quand j’avais sept ans, arrêté quand j’avais 9 ans, puis à 11 le violon et recommencé le piano à 15. J’ai aussi joué dans des groupes pop et rock comme bassiste. Je suis entré à la Royal Academy of Music à 17 ans, où l’on commence habituellement par une formation classique. il faut que j’ajoute que ma mère était fan de jazz donc j’ai eu un important background musical dans la musique pop donc je faisais de la musique classique, mais en baignant dans la musique pop donc j’ai toujours été influencé par les deux. Je pense que tout ça fait partie de mon histoire.

Epiphanies : Votre histoire personnelle vous a conduit à mélanger ces deux cultures, populaire et classique ?

De façon inconsciente je crois. il n’y a jamais eu de plan du genre « je vais faire ça ». C’est juste que j’aime le jazz, pop music, j’ai appris à écrire pour orchestre, j’ai étudié le classique, la musique d’avant garde, l’électronique, et j’ai créé une musique influencée par tout ça. Quand on naît au Kenya, on est influencé par les percussions africaines, les musique traditionnelles et la musique occidentale qui arrive par la radio… je crois que c’est pareil pour moi : j’ai été influencé par mon histoire personnelle. Si j’étais né vingt ans plus tôt, cela aurait encore été une autre histoire : je n’aurais pas étudié la musique classique, pas entendu de pop music, mais mon histoire c’est que la musique divertissante, c’est de l’art. Et comme j’étudiais le classique, c’était naturel que j’en vienne à combiner les deux. Ce n’était pas voulu, c’est juste arrivé…

Certains vous considèrent comme un compositeur de musiques de films, d’autres comme un compositeur trip hop parce que vos premiers album sont sortis sur Melankolic, le label de Massive Attack. Et sur ce DVD, vos titres sonnent comme du classique. Comment vous, vous décririez votre oeuvre ?

Je crois que tout est relié. Je ne vois pas trop de différence entre « The space between us », ce que je fais dans les films et le piano. Quoique le piano, c’est un peu différent : c’est en solo. Je pense que ma musique brasse toutes mes influences.

MLM : Sur ce DVD, vous jouez en solo. C’est plus inimidant ?

C’est difficile, parce que tu es mis à nu. si tu joues une fausse note, c’est évident… C’est un challenge : c’est un peu exposer la partie privée de l’écriture, ce qu’on ne voit pas d’habitude. la plupart sont des impriovisations. Au début je ne savais pas top si c’était une bonne idée, tant c’est personnel, mais je suis content de ce document. Chaque album est un document de ce que je suis dans ma vie. C’est comme une photo d’un artiste à un moment de sa vie. Je voulais le faire il y a dix ans, mais on m’avait demandé de faire autre chose.

C’est une façon de vous situer dans votre carrière, de dire « maintenant j’en suis là, où je vais ensuite ? »

C’est comme ça que je vois les albums, comme des instantanés. Sur le moment, tu n’es pas très assuré, et puis quelques années après tu te retournes sur cet album et tu trouves qu’il est bon.

Ce DVD est mélancolique, nostalgique…

C’est une musique personnelle. J’aime écrire de la musique qui soit postmoderne : ce n’est pas de la musique savante, juste une réponse émotionnelle à la vie. Elle passe par des filtres, c’est juste une traduction honnête de mon ressenti. C’est en cela qu’elle est postmoderne.

Sur l’album « The space beatween us », il y a un titre dédié à Glasgow, mais c’est à Paris que vous avez choisi d’enregistrer ce DVD, aux studios Eclair. Il y a beaucoup d’images de la capitale et vous jouez sur un piano Pleyel. Pourquoi paris est-elle si importante pour votre inspiration ?

J’ai beaucoup travaillé à Paris avec Massive Attack, j’y ai fait la promo de mes deux premiers albums solo, j’y ai des amis… J’ai travaillé avec Luc Besson. J’aime cette ville et j’y ai de plus en plus travaillé. Je cherchais un piano à queue pour travailler, et les gens de chez Pleyel m’a gentiment prêté ce piano datant de 1945. On a tout fait à Paris. Récemment ma mère a fait notre arbre généalogique et elle a découvert que mon arrière grand père était français, donc j’ai du sang français quelque part.

Au début de votre carrière, vous étiez présenté partout comme l’arrangeur de Massive Attack, puis vous avez réussi à détacher cette étiquette. Et votre son est si personnel qu’on se demande qu’elle sont vos influences. Vous avez des héros au piano ? Bill Evans ?Erik Satie ? Gabriel Fauré ?

Cet après midi, j’ai acheté des disques à la Fnac, car en grande Brteagne, on ne trouve beaucoup de compositeurs français. J’aime beaucoup Philippe Sarde. J’aime la musique de beaucoup de gens : Bill Evans qui est un fantastique pianiste, John Barry, Ennio Morricone, la musique d’avant garde comme Ligetti ou Stockhausen, la musique d’Europe de l’Est comme Arvo Pärt. J’aime aussi particulièrement quelqu’un qui n’est pas très connu : Giaconcelli. J’achète probablement vingt CD par semaine. Je ne suis pas du genre « ce que je fais est génial, je n’écoute pas les autres ». Je fais ce que je fais et je m’intéresse à plein de gens… Chet Baker par exemple, je suis très fan.

Vous aimeriez sortir un disque sur un label jazz, ou comme Ligetti et Stockhausen, sur un label de musique classique ?

En 2007, je vais faire mon premier album classique chez EMI Classics. Chaque année, j’écris des pièces classiques, et il y a deux mois j’ai écrit un morceau de quarante minutes pour orchestre et choeur et soprano solo. Personne ne le connait car il n’a été joué qu’une fois à Glasgow, et tous mes morceaux de facture classiques vont se retrouver sur cet album. Le grand public connait de moi « Moulin Rouge » et Massive Attack, ils vont découvrir mon oeuvre classique. Cela sortira probablement en 2008 car on enregistrera à la Noël 2007.

Donc le public a encore de nombreuses oeuvres à découvrir de votre part ?

J’ai des tas de partitions qui n’ont pas été entendues.

Vous êtes comme Prince, qui a des tas de chansons dans ses placards ?

(rire) Oui !

En tout cas, c’est ce que dit la rumeur…

Exactement comme Prince (sourire).

Craig Armstrong « Piano works. The film », 1 DVD (PIAS), 2007

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