Esbjörn Svensson Trio Parc Floral de Paris, samedi 13 juillet 2002

   Alors que même Brad Mehldau semble avoir abandonné en partie la formule du trio romantique le temps d’un album (« Largo », qui sortira fin août, n’a pas été enregistré uniquement avec Rossy et Grenadier mais avec de nombreux invités), les amateurs de piano – contrebasse – batterie peuvent dès à présent se ruer sur le jeune suédois Esbjorn Svensson.

   Quand bien même Brad Mehldau reviendrait aux affaires en simple formation trio un de ces jours, on n’aura pas à regretter d’avoir suivi les pas de ce jeune musicien, qui n’a pas encore l’aura de Mehldau. Ce pianiste originaire de Stockholm, qui se produit sous le nom d’E.S.T. partage avec l’Américain cet amour des notes claires et épurées, qu’il égrène sur des titres en parfaite apesanteur sonore. Mais la comparaison s’arrête sur certains points.

   Sur leurs « personnages » respectifs par exemple. Dans ce domaine, Mehldau et Svensson ont une différence majeure : quand le premier, tatoué, ténébreux, archétypique du musicien romantique torturé, offre une vision nostalgique de son art, le deuxième se présente sous une figure beaucoup plus sereine.

   Le jeune Suédois semble sorti de sa chambre d’étudiant, tout prêt à y retourner une fois le concert fini, heureux d’avoir passé un bon moment à jouer avec son groupe et d’avoir charmé le public : Svensson est tout sourire quand il remercie le public, debout pour l’applaudir, quand il présente ses musiciens, et il annonce « le morceau que nous allons jouer s’appelle … je ne sais pas », avant de jouer, puis d’annoncer, une fois le morceau fini : « ce titre s’appelle : The day god created the coffee-break » (« le jour où dieu inventa la pause-café »). Blague de potache ? S’agit-il d’un morceau improvisé à qui il a donné le premier titre venu ? Peu importe, puisqu’on n’est pas là pour connaître le nom des morceaux proposés mais bien pour faire connaissance avec celui dont le nom commence par courir un peu partout dans les revues spécialisés …

   Une rencontre mille fois réussie, dont on ressort comblé, l’esprit encore tout empli de ces notes cristallines et de cette atmosphère rassérénant. Tout y est : virtuosité, intensité, une façon magistrale de faire progresser les morceaux, de les amener doucement et sûrement au paroxysme : Svensson joue des notes serrées mais précises d’un même thème mélodique, il les joue sans fin tandis que la batterie et le contrebasse ne forment plus qu’une unique pulsation qui porte le morceau. Il y a quelque chose de « pop » dans cette musique tant elle est entraînante, quelque chose de « contemporain » aussi dans sa répétition, dans sa recherche de la transe.

Jean-Marc Grosdemouge

 

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