Morrissey à Paris (L’Olympia), lundi 30 septembre 2002

   Les quelques Bretons venus spécialement ce soir à l’Olympia ont vécu deux secousses en une seule journée : celle du matin (sismique) et celle du soir (rock). Ce lundi soir, l’ex-Smith Morrissey était sur la scène de la célèbre salle du boulevard des Capucines pour recharger le mythe.

   A quarante-quatre ans, le Moz, tricard de maison de disque, et qui n’a pas sorti d’album depuis un petit moment venait se rappeler au bon souvenir des ses fans, et aussi un peu de l’industrie phonographique. Histoire de dire qu’il est toujours là, qu’il a de nouvelles chansons à son répertoire, et que si quelqu’un veut redonner un second souffle à sa carrière, la voix est libre. Voici Morrissey à l’Olympia, donc, après une première partie assurée par Sack (avec un mini-hit « Indian Rope Trick » et quelques albums, mais qui ne leur ont pas permis pas de vraiment percer) et devant un public chauffé à blanc par l’attente, qui commencait à devenir interminable pour tout dire.

   Au son de grandes cloches (ambiance bourdon de Notre-Dame de Paris), Morrissey entre en scène, tordu comme un Quasimodo de comédie musicale. Il a du avoir vent que public français en raffole. Il entame son show. Morrissey sur scène (pantalon brun, gilet chocolat sur chemise bleue ciel), c’est un moment d’énergie, de grâce et de « shut up » attitude. Morrissey devise avec le public, et quand certains se font trop bavards, le Moz, les rembare d’un « shut up », sourire aux lèvres. Morrissey cabotine, s’amuse à jeter le fil de son micro, arpente la scène, s’accroupit pour serrer des mains. Il reçoit des roses et des glaieuls, les renvoie souvent illico, s’essuie le visage dans l’Union jack qu’on lui jette sur scène pendant le titre « Irish blood, english heart » puis… le rejette dans la fosse. Au bout d’une demie heure, première chanson des Smiths : « Every day is like sunday. » On aura aussi droit à « Meat is murder. » Mais auparavant Morrissey, facétieux autant que militant, aura demandé au public de répéter après lui « I… will… become… vegetarian » (« je deviendrai végétarien ») pour introduire cette chanson qui dit « cette belle bête doit mourir, c’est une mort sans raison et une mort sans raison, c’est un meurtre. » Les moments de communion ne sont pas rares dans un concert du Moz : chacun fixe la chanteur, y projetant ses souvenirs. Tel jeune homme se tord comme un ver en fixant du regard son chanteur, tel homme qui doit être père de famille se dandine, une main autour de la taille de celle qu’on devine être la compagne de ses jours. A croire qu’un jour, on viendra lui présenter le petit dernier. Morrissey n’est, paraît-il, pas adepte des shows ralonge. Le show s’arrête donc au bout d’une heure et demie, tout le monde quitte la scène. Le public applaudit à tout rompre pendant quelques minutes. Réapparition de Morrissey, qui a troqué sa précdente chemise contre une nouvelle, toute blanche, pour un titre (et quel titre !), le célèbre « There is a light that never goes out » de « The queen is dead. » Il défait sa chemise, et la jette au public, puis se retire. Les sons de cloches, à nouveau, résonnent dans l’Olympia, et les lumières se ralument.

   Une demie-heure plus tard, dans la rue Caumartin, une quarantaine de fans attendent. La star du soir sort précipitamment, protégé par une haie d’escogriffes en bombers noirs. Quelqu’un crie « you’re still the greatest » (« tu es toujours le meilleur »). L’ex-Smith ne s’arrête pas. Il ne signera aucun des posters ou des papiers que les fans tentent de lui montrer. La voiture file. Morrissey n’est toujours pas le meilleur en ce qui concerne le service après-vente, mais l’essentiel est ailleurs : sur scène, il assure encore. Pas de contrat discographique, mais le concert était filmé… Les fans peuvent donc attendre une vidéo du concert d’ici quelques mois. Reste, d’ores et déjà, une satisfaction en forme de soulagement : l’âge a épargné Morrissey. On peut encore lui promettre quelques riches heures de gloire …

Jean-Marc Grosdemouge

 

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