Christophe "Comm’ si la terre penchait"

   Celui qui a éclos sous les yé yés, puis crié Aline, et qui nous revient en crooner digital avec un album magnifique a fait sienne la phrase d’Hunter Thompson : « quand les temps sont bizarres, les gens bizarres deviennent pro. »

Christophe-Comm-Si-La-Terre-Penchait cd   Les temps sont bizarres (qui le niera ?) et il faut croire que Christophe (qui n’attendait que ce passage au « professionnalisme » de la bizarrerie) l’est depuis toujours. Il a donc saisi sa chance et c’est inespéré d’entendre un si bon album… Imaginez (sans rire) des chansons de la classe de « Succès fou » revisitées de façon électronique ou encore « Les mots bleus » mais version « j’appelle un chat un chat » et vous aurez une idée de ce qu’il y a sur « Comm’ si la terre penchait.

   Sur cet album, Christophe dit des mots comme « seins », « sexe » et c’est un délice. Dans « On achève bien les autos », il reprend les thèmes mêlés de l’amour charnel et de l’amour des automobiles, thèmes chers à J.G. Ballard, l’auteur du roman « Crash ». Il y a toujours cette voix, féline, masculine et féminine à la fois, un timbre rauque et velouté. Christophe miaule et feule, et pas une seconde ce n’est ridicule. Sur le titre qui ouvre l’album, « Elle dit », on croirait un chanteur de raï. Avec des titres comme « La Man » (une femme que l’on devine autoritaire, qui veut « des palais de marbre rose »), ou « Ces petits luxes », Christophe démontre qu’il n’est pas dépassé par l’époque. Mieux, il la maîtrise à merveille. Pour les textes, on connaissait sa griffe depuis quelque temps. Les beats, c’est sûr, il en fait son affaire.

   On sent Christophe jeune, ou plutôt : rajeuni par ce début de millénaire qui fait valser les étiquettes et lui offre des tas de possibilités à explorer. Il a voulu se réinventer, lui qui a connu tant de courants musicaux. Il y arrive, et l’on oublie son passé pour mieux le découvrir tel qu’il est en 2001. Il est en phase avec l’époque (son spleen, ses machines) comme il ne l’a peut être jamais été auparavant. A tel point qu’il s’est même remis à faire de la scène. Les temps sont bizarres, certes, mais ils ont aussi leurs petits bonheur. Le retour de Christophe en fait partie.

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Jean-Marc Grosdemouge

Christophe « Comm’ si la terre penchait », 1 CD (Mercury/Universal), 2002

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