Clearlake "Lido"

   La pochette, qui figure une piscine ou un casino décati style années trente ou quarante et qui parait désert, aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : pas d’ambiance fun à attendre de ce « Lido. » Lido, peut être en référence à la Venise glauque que les couples sur le point de rompre détestent, pas au Disneyland à touristes, non, la sinistre ville du film « Mort à Venise » de Visconti.

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   Place à la désolation, donc, mais dieu quelle est bonne, et ce dès les premières mesures du disque : un air évanescent qui semble sortir d’un vieux haut parleur, puis « Sunday evening », sa batterie martiale, ses guitares qui n’en peuvent déjà plus. Et une voix comme on en n’entend plus guère depuis qu’on a un peu perdu la trace du flamboyant Morrissey : celle de Jason Pegg, héros triste et désabusé qui couche sur le papier ses maux. « Sunday evening », mélodie qui vous cheville au corps, et pourtant rien de bien extraordinaire, sinon une histoire de dimanche pluvieux… Les dimanches… On savait déjà qu’ils étaient tristes à mourir en Angleterre ; on sait désormais qu’ils peuvent inspirer de grands chansons. Le tout est supporté par ce qui semble être un orgue. Puis « Don’t lt the cold in » voit le réveil en sursaut du groupe : il faut faire rugir les guitares pour conjurer le mauvais sort. La batterie martelle toujours, et Jason Pegg quitte un peu son chant lassé pour se lancer un peu plus. « Someting to look forward to » voit le quartette sortir enfin peu ou prou de sa torpeur. Et l’on se prend à se demander si cet album a bien été enregistré fin 20ème début 21ème comme indiqué sur les notes de pochette, ou en pleines sixties, puis oublié pendant des décennies pour enfin atterir sur le bureau du directeur artistique du label Domino, qui l’aurait signé… Les chansons de Clearlake sont souvent courtes, elles vont à l’essentiel : dommage que les ballades (« These things are sent to try us », ou « Jumble sailing », un peu faiblardes au vu du reste de l’album) ne soient pas aussi convaincantes que les envolées épiques. C’est pourquoi on préfère Clearlake quand ils en reviennent aux choses sérieuses, c’est à dire vitaminées avec « I hang on every every word you say », indispensable pour ses backing vocals qui semblent presque désaccordés. Preuve que Clearlake aime flirter avec le vide, aller au bord du bassin, se surprendre à avoir peur de tomber, mais rester debout. Vacillant peut être sous un déluge de guitares, mais debout tout de même. C’est là leur seule prise de risque sur un album qui ne révolutionnera pas la pop de 2001, mais nous offrira tout de même de beaux frissons.

   Avec un titre comme « Let go », en oublie même qu’on est plus au temps des Byrds et des Who, tout en s’enfoncant pour de vrai dans la torpeur, et pour tout dire dans un certain ennui. Le groupe semble avoir tout dit, mais on reste dans son univers, attendant que « Daybreaking », un nouvel instrumental assez proche du morceau d’ouverture, vienne avec délice nous titiller les oreilles avec son harmonica. On attend mieux encore pour la suite : c’est là qu’on sait que l’on sera définitivement comblé ou déçu…

   « I want to live in a dream » nous prouve que Clearlake n’a pas fait que s’inspirer du son sixties ; il a quelque chose en plus. Le dernier morceau sonne comme le Radiohead de « Pablo Honey ». « Lido », c’est donc un peu cela : la jonction des sixties et des nineties, c’est à dire un mix du passé… et du passé.

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Jean-Marc Grosdemouge

Clearlake « Lido », 1 CD (Domino/Labels), 2001

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