Erlend Øye : fraîcheur norvégienne

   Erlend Øye s’est échappé un temps du duo Kings Of Convenience. Le Norvégien a parcouru de nombreuses villes pour y enregistrer son premier album solo, « Unrest », confiant à chaque producteur une chanson différente, puis il s’est installé à Berlin, parce que la vie y est moins chère qu’à Bergen, le port de Norvège où il a passé la majeure partie de sa vie jusqu’ici.

   Quelques jours après l’avoir vu défendre ses nouvelles chansons de manière assez désinvolte sur scène, nous avons rencontré Erlend pour qu’il nous en dise un peu plus sur lui. Erlend a toujours les cheveux châtain-roux et ses grosses lunettes qui le rendent reconnaissable entre mille dans le monde de la pop music, mais depuis quelque temps, il s’est laissé pousser une petite moustache sous le nez, qui contribue à le rendre encore plus hors du temps. On ne sait, en croisant ce grand échalas avec sa moustache, ses lunettes 70’s et son sweat de sport orange, de quelle époque il arrive au juste. Il est peut-être à lui seul l’incarnation du vent de fraîcheur que la Norvège fait souffler sur la musique européenne, grâce à des musiciens comme Bugge Wesseltoft, Nils Peter Molvaer, Anja Garbarek ou Royksopp (dont Erlend assurait les parties chantées sur « Poor Leno » et « Remind me »). Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge.

Epiphanies : Dans la présentation officielle de cet album, tu as déclaré : « je voulais écrire des chanson actuelles, parce que c’est mon état d’esprit du moment. »

EO : J’ai dit que je voulais écrire … ???

Oui, c’était dans ta bio. Passons. Quel était ton but en enregistrant cet album ?

(hésitant) eh bien … (hésitant) … le but but principal, c’était écrire des chansons, et pour ça, il faut de l’inspiration. L’inspiration m’est venue en travaillant sur différents types de musiques, avec différentes personnes, dans divers endroits. A un moment, quand tu es tout seul avec ta musique, tu ne vois plus ce qui ne va pas. J’aurais pu juste enregistrer les chanson de cet album juste en version guitare acoustique et le sortir comme ça. Mais ce que j’avais besoin de faire, c’était prendre la route. Si j’étais resté un an assis chez moi à la maison avec ma guitare, je n’aurais pas fait ces chansons.

Tu as fait produire chaque chanson par un producteur différent, allant jusqu’à te rendre dans la ville de résidence de chacun. « Unrest » est le résultat de tes voyages ?

Oui. C’est aussi un examen que je me suis infligé à moi-même : à chaque fois, travailler avec un grand pro différent. Quand on ne travaillait pas, je devais encore faire mon boulot en écrivant les paroles des chansons, j’ai du me discipliner. Ce sont des chansons qui reflètent divers états d’exprit et pensées que j’ai pu avoir … c’est comme un journal intime. Quand je le réécouterai plus tard, je pourrai me plonger dans les paroles et retrouver les sensations de ces moments.

Tu as aussi déclaré qu’avec Kings of Convenience, vous cherchez la perfection, que travailler seul est une façon pour toi de s’amuser.

Oui, c’est plus expérimental. Si vous travaillez avec juste deux guitares et deux voix, vous devez vous approcher au maximum de la perfection. Mais c’est pas vrai en fait : si vous travaillez avec l’électronique, vous pouvez programmer pour être exactement dans le tempo. Mais il manque le côté organique, c’est le problème. Les machines n’ont pas la saveur humaine …

Tu préfères jouer de la guitare ou des machines ?

J’adore jouer live avec un guitare et un micro, pour une ambiance calme, parce que je contrôle totalement ces deux éléments. Bien sûr, ça limite ce que tu peux faire. Mais me lancer dans l’électronique, c’est rafraîchissant, parce que ça fait longtemps que je joue de la guitare. C’est un problème qu’ont pas mal de gens dans notre monde moderne : ils ont un job, un seul. Ils l’aiment bien, mais c’est toujours le même. Moi, j’en ai deux, c’est super. Changer, c’est bien. Mais je n’ai qu’une copine !

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