Giacinto Scelsi "Natura Renovatur"

renovatur   Mystérieux est un terme qui sied bien au compositeur italien Giacinto Scelsi (1905-1988). Vivant presque reclus dans sa maison romaine du Palatin, il y a enregistré des centaines d’heures de musique, qu’il improvisait (la plupart, raconte la violoncelliste Frances-Maria Uitti, n’ont pas encore été retranscrites) et refusait que la moindre photo de lui parût dans la presse.

   Quand on lui demandait une illustration pour ses disques, il envoyait un dessin : un trait horizontal surmonté d’un rond. La musique de Scelsi est aussi abstraite que le logo qu’il s’était inventé. Parfois proche de l’acouphène (certains morceaux requièrent plus de dix instruments à cordes), la musique de Scelsi se joue des conventions harmoniques. Le Münchener Kammerorchester dirigé par Christoph Poppen accompagne Frances-Marie Uitti pour créer des strates de cordes qui créent des sonorités mouvantes, et vibrantes. Si ce n’est pas pour la mélodie que l’on vient chez ce compositeur, c’est en revanche pour la recherche sur la matière sonore que l’on reste.

   Requérant toute notre attention (écouter ce disque sans un maximum de concentration ne sert à rien, ce serait à coup sûr passer à côté de ses charmes), cette musique nous pousse vers le haut. Vers le haut, c’est à dire vers une certaine exigence : abandonner en partie le fond (il y a peu de sentimentalisme dans ces compositions, en tout cas aucun pathos) pour la forme. Une forme épurée cela va sans dire, qui ravira les amateurs de musique contemporaine les plus avertis.
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Jean-Marc Grosdemouge

Giacinto Scelsi « Natura Renovatur », 1 CD (ECM New series/Universal), 2006

Infos : www.ecmrecords.com

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