La douceur du danger façon Stooges

      Comment ne pas enfermer la tornade Stooges dans un bocal de formol ? En ne réalisant pas un biopic sur le groupe mais un essai filmé. Un film pas comme les autres pour un groupe-étalon du rock.

514610   Il y a les documentaires sur le rock, et les documentaires sur le rock qui nous font sentir plus vivants après les avoir vus. Le dernier c’était « living in a material world » à propos de George Harrison, surnommé le « gentil Beatle » (c’est supposé être un compliment mais mon dieu que ça sonne niais) et le plus versé dans la spiritualité.

   La comparaison s’arrête là : Iggy raconte dans « Gimme danger » qu’un jour des camarades de classe sont venus lui rendre visite dans la caravane dans laquelle il vivait enfant et qu’ils se sont moqués de l’endroit. « Si je les retrouve je les enterrerai moi-même » glisse le rocker, goguenard, mais sur ce coup-là, il a l’air sérieux.

     Bref, oubliez les ambiances haré krishna de tonton George : le groupe fondé en 1967 par Iggy Pop et les frères Asheton a versé dans pas mal de trucs, mais à ce qu’on sache pas dans la spiritualité. Pourtant, on ressort de ce film plein d’espoir, parce que les Stooges ce sont des chansons de maximum 25 mots, mais c’est avant tout une belle histoire de potes… Une histoire que Jim Jarmusch déroule avec des images d’époque, des photos malicieusement animées et les témoignages tout récents des survivants.

     Véronique Sanson (qui a depuis belle lurette rompu son anonymat chez les Al Anon) chantait la douceur du danger. Iggy et les siens ont flirté avec la ligne jaune pendant pas mal de temps : le film s’ouvre sur la période 1973, où le groupe n’est plus qu’un bande de joyeux déjantés qui essaient d’avancer « cahin-caha » selon l’expression même d’Iggy, et se termine sur la reformation pour le festival Coachella, en 2003, et puis l’obligation de rappeler James Williamson, qui avait un peu construit sa vie loin des scènes, en bossant dans la Silicon Valley puis comme haut responsable chez Sony (avec un beau costard et tout le toutim) et s’est retrouvé à jouer avec ses potes sur les scènes du monde entier, une fois la retraite venue.

     514610.jpg514610Parce que c’est aussi ça le rock : ranger les excès, prendre un job, payer les factures. Et rechercher le frisson au travers de bons albums, de bons concerts. et de bons films. En cela, Jarmusch a réussi : « Gimme Danger » n’est pas un biopic mais bien un essai.

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Jean-Marc Grosdemouge

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