Julien Baer "Julien Baer"

   Avec un timbre de voix à la Yves Simon et quelque chose de Murat dans le désenchantement à demi feint, Julien Baer, qui n’est ni Lorrain ni Auvergnat, vient aposer sa pierre à l’édifice de la « chanson française pas comme les autres ».

baer   Même s’il partage avec Yves Simon le goût des tranches de vie et de l’écriture finement ciselée, ce Parisien trentenaire, frère d’Edouard Baer (Nova, Canal +), réchappé d’une éducation qu’il qualifie de « bourgeoise », fondée sur l’écrit, où la rigolade avait peu (pas ?) de place, cet homme n’est pas un frustré.

   L’écoute de ce premier album éponyme vous le confirmera, tant par sa propension à manier la bossa élastique à la Jobim, que par sa déconcertante facilité à donner dans la ballade, pas toujours bucolique du reste. Une musique avec des pleins et des déliés, qui coule d’une source joyeuse et claire, notamment lorsque Bertrand Burgalat est à la production (« Juillet 66 »). Ce dernier a même demandé à sa compagne Valérie Lemercier d’assurer les choeurs sur « Dérive ».

   Vous l’aurez compris , nous avons affaire à un album faussement joyeux : pas de sourire à tout crin chez ce dandy moderne. Ceci peut se comprendre quand on sait que Baer cite le nom de ceux qui furent pour lui une révélation : Phil Spector et… Léo Ferré ! En studio, Julien a voulu expliquer à ses musiciens étrangers le sens de ses textes : la mise en garde à un dragueur (« Marie pense à moi »), une séparation (« La folie douce »), ou des histoires de planètes (« Le monde s’écroule », « 300 années lumières », et un « Vie sur mars » en clin d’oeil à Bowie).

   Les textes sont justes, simples, et donnent plus dans la retenue que dans le vulgairement explicite, qu’on se demande si les mots lui sont venus facilement. Les évocations vous viendront en revanche vite à l’esprit de cet album dont les chansons, mine de rien, sont furieusement jouissives, totalement indispensables.

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Jean-Marc Grosdemouge

Julien Baer « Julien Baer », 1 CD (Polydor/PolyGram), 1997

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