Les Wampas : en attendant "Voici"

   Oui les Wampas vendent des disques. Beaucoup, depuis quelques mois. Et non, ça ne semble pas les changer le moins du monde. Didier bosse toujours à la RATP, et les shows du groupe sont apocalyptiques. De quoi rabattre leur caquet à ceux qui manient trop facilement le terme « commercial » comme une insulte.

   Intègres, les Wampas le sont. Vendeurs, c’est plus nouveau. Mais au fond qu’est-ce que cela change pour les fans ? Rien du tout. Ce n’est pas l’argent qui risque d’endormir ces punks-là. C’est la première fois que Epiphanies interviewe un groupe entre un passage sur Fun Radio et une rencontre avec une journaliste de « Voici ». Et cette première a lieu avec -paradoxe, l’un de groupes punks français les plus intègres qui soit. C’est chez Savy, en face de RTL (et de Fun Radio) que nous reçoit le roi Didier entouré des siens. Le carton de « Manu Chao » n’a rien changé pour lui. Il continue d’écouter… de la musique classique. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : Quel effet ça fait, au bout de vingt ans de crédibilité (avec un public fidèle, mais des ventes modestes), d’avoir un hit, même si ce n’était pas voulu ?

Didier Wampas : Ça n’a pas changé grand chose pour l’instant… à part que là, on vient de passer sur Fun. Mais fondamentalement, rien n’a changé : je vais encore travailler dix heures de nuit à la RATP ce soir. Franchement. Je n’écoute pas la radio, donc je n’entend pas le morceau y passer. Mais on m’en parle.

Philippe Almosnino : Le morceau passe pas sur TSF (une radio jazz parisienne, NDR) donc on ne l’entend pas ! (rire)

DW : Moi j’écoute France Musique ! Ce morceau n’a rien changé du tout : on ne nous reconnait pas dans la rue.

Il paraît que la chanson a jeté un froid entre Manu et vous ?

DW : Je ne crois pas, ce sont des rumeurs… Je crois qu’il l’a bien pris.

Il avait donné son accord ?

DW : Son accord (sourire entendu) … même s’il avait dit non, on l’aurait sortie quand même. Ca aurait fait des tensions (sourire), avec Jo (le guitariste Joseph Dagran, un ex de la Mano Negra, NDR). Mais on lui avait fait écouter avant : c’est Jo, qui avait joué avec lui qui lui a fait écouter le titre.

En plus, Chao est quelqu’un qui vous aime bien. On se souvient d’une déclaration très flatteuse à votre endroit en 1994 dans « Les Inrockuptibles », à propos de l’album « Les Wampas vous aiment ».

DW : Il nous aime bien, il nous aimait bien… (la façon dont Didier se reprend semble trahir ses propres interrogations sur la question, NDR) Je ne sais pas, ça fait dix ans que je n’ai pas vu Manu Chao, je ne peux pas te dire.

Et quelle a été la réaction de Marc Thonon (patron d’Atmosphériques) et de Louise Attaque ?

DW : Marc Thonon était content. Il s’en fout, il a un single qui marche, il va pas gueuler. Louise Attaque l’ont bien pris. Ils n’avaient pas tellement de raison de mal le prendre. Manu aurait pu : la chanson est centrée sur lui.

Vous avez un rapport très particulier avc votre public ; vous voyez les gens à la fin pour donner des autographes, on peut t’apporter des fringues pour que tu les portes sur scène…

DW : Ça me paraît normal, ce rapport. J’essaie de faire de rock comme j’aurais aimé que ce soit quand j’avais quinze ans. J’aurais bien aimé avoir un groupe en concert et pouvoir les rencontrer après. Donc je le fais.

La scène, pour toi, c’est vraiment l’exutoire ?

DW : Non, non non. (catégorique) C’est pas voulu. Au début je voulais faire du rock, et la scène, ça en fait partie. Mais ce n’est pas volontaire : quand je ne tourne pas, ça ne me manque pas.

Mais tu es réputé pour être de ceux qui, sur scène, donnent beaucoup… Tu n’es pas dans la prestation de service.

DW : C’est la moindre des choses.

Oui, tout le monde dit ça, mais certains savent quand s’arrêter. Toi, tu t’es déjà cassé la voix ?

DW : Ben oui ! Quand tu fais un groupe, c’est pas pour annuler deux jours avant. J’ai un métier. Monter sur scène, ce n’est pas un travail. Je comprends les groupes américains qui partent en tournée pendant deux ans : quand ils montent sur scène, parfois, ils ont pas la forme. Mais moi non. Quand tu travailles le matin et que tu es en scène le soir, c’est pas la même chose que les grosses tournées. Ce n’est pas la même relation à la scène, c’est sûr.

Tu déclares qu’être un artiste qui ne vit que de sa musique, sans avoir de travail à côté, ça te paraît incongru.

DW : Ce serait plus facile au niveau de l’emploi du temps, mais plus dur pour ce qui est de rester intègre.

L’intégrité, c’est important ?

DW : Ah oui ! Si je n’étais pas intègre dans les Wampas, je ne vois pas dans suoi d’autre je le serais ! Ne pas être intègre dans ce qui compte pour toi… (haussement d’épaules)

Et alors, comment tu fais ?

DW : Je n’ai pas l’impression d’être plus intègre que ça… Tout le monde est intègre. Quoique, non. Je suis intègre, d’une certaine manière : je viens d’aller faire « Joyeux anniversaire Arthur » sur Fun Radio.

Tu te sens proche de la ligne jaune ?

DW : Avec Fun Radio, oui. Je me suis dit « qu’est-ce que je fous là ? » Après ce qui importe, c’est l’esprit dans lequel tu fais les choses : faire une interview dans un fanzine pour vendre des disques, c’est pas intègre. Fun, ou l’interview pour « Voici » qui vient après, c’est pas évident. Je ne sais pas trop : tu peux être intègre sur TF1 et être un pourri dans le milieu des squatts… Dans les squatts, t’as des enculés qui cherchent à faire de la thune et à se casser avec ensuite.

Quand tu vas dans de gros médias auxquels les Wampas n’avaient pas accès auparavant, tu n’es pas tenté de foutre le bordel ?

DW : Non, ça c’est nul. Dans ce cas tu n’y vas pas. Si c’est pour mettre le bordel, c’est ridicule (soupir). Aller dire « ouais j’t’encule », c’est pas comme ça que je vois les choses. Coluche arrivait un peu à le faire et de manière intelligente, et il ne le faisait pas tout le temps. Gainsbourg aussi savait faire passer quelque chose de différent tout en étant présent partout. Mais je ne me sens pas de le faire.

Surréalisme

Didier Wampas ne préfère pas entrer dans le fond de ses chansons, puisqu’elles n’en ont pas. « Quand je chante ’Pinochet fasciste, Giscard complice’, c’est juste parce que quelqu’un un jour a dit cette phrase devant moi. Cela m’a rappelé des choses, une époque, des impressions. Je me suis revu à une époque. Pour moi, les chansons sont comme des tableaux : je pourrais faire un tableau qui me rappelle une impression. Avec les chansons, c’est pareil. »

Tes chansons font penser à des accumulations surréalistes : des mots simples, voire ordinaires, mais associés les uns aux autres, ce qui donne de la poésie. Tu chantes « elle buvait du Yop en mangeant des cacahuètes ».

DW : Parfois, c’est ça. Des fois, il y a une idée dans la chanson, et des fois, c’est juste des trucs comme ça… Il n’y a pas de règle. De toute façon, au départ, je ne fais pas du rock pour écrire des paroles.

C’est spontané ?

DW : Il faut bien qu’il y ait des paroles (soupir). Il faut qu’elles soient bien sinon, la chanson n’est pas bien. C’est important, mais au départ, je ne fais pas des chansons pour les paroles.

Et parfois, il y a du fond. « Liste de droite », c’est une histoire vraie.

DW : Oui, mais c’est romancé. L’histoire de cette ancienne punkette inscrite sur une liste électorale de droite m’a fait rire. Mais ça ne m’a pas fait me jeter dans le canal comme je le chante.

Mais tu dis que tu voudrais bien qu’elle gagne ?

DW : Oui. Il y a un mec dans « Le Monde la Musique » qui a compris n’importe quoi. Il a analysé, et a tout pris au premier degré ! Il expliquait qu’un mec de quarante ans peut s’apercevoir que ses rêves de jeunesse, bla bla… J’ai écrit « j’aimerais bien que tu sois élue » comme ça, parce qu’il fallait bien finir la chanson.

Restons dans la politique. Beaucoup d’intermittents du spectacle se battent pour la survie de leur statut. Toi, tu as un boulot fixe à la RATP, et de toute façon, question retraîte, tu déclares vouloir finir comme Charles Trenet…

DW : Je ne resterai pas à la RATP jusqu’à 84 ans, mais je veux chanter le plus longtemps possible. La retraite, c’est bien quand tu fais un boulot con.

En voilà une parole censée qu’on devrait transmettre à Jean-Pierre Raffarin. Car ils sont plus nombreux les Français à faire des boulots à la con qu’à s’éclater sur scène. Et pour ne pas être en reste dans le registre paradoxe (décidément, il les accumule en ce moment), Didier Wampas cumule les deux cas. Voilà peut-être le secret d’une punk-attitude longtemps et sainement conservée.

Les Wampas «  », 1 CD (), 2003

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