Miossec "Boire"

Il y a des artistes français marquants. Pas beaucoup, c’est vrai. Pour tout dire, on peut les compter sur les doigts : Dominique A, Murat, Ferré, Brel, Bashung, etc. Christophe Miossec fait partie de ceux-là.

 miossec  Avec le Jean-Louis Murat des débuts. Vous vous souvenez, le Murat de la trentaine, le beau ténébreux romantique et migraineux ? Je me souviens encore de la première fois que j’ai entendu Jean-Louis : c’était sur NRJ (oui, oui) avec « Si je devais manquer de toi ». Il faut dire que moi aussi, mon plus beau nom est portugais, hongrois, brésilien puis français.

   Avec Miossec, ce fut une histoire de coupon : celui que j’ai découpé au printemps 95 dans « Les Inrockuptibles », qui venaient de passer à la formule hebdomadaire. Rempli et renvoyé par courrier postal à la maison de disques, il permettait de recevoir un CD 4 titres de Miossec. Ainsi, je reçut un jour ledit CD, et compris que derrière Miossec, il y avait non pas un jeu de mot foireux (« mis au sec ») mais un mec, un Brestois, prénommé Christophe. Sur « Boire », il est beaucoup question d’eau : celle de l’océan, pas celle qu’on sert dans les verres. Miossec, qui chante le pont de Recouvrance de sa vie natale, a la métaphore maritime facile. Sur « Boire » et son rock à fond de cale, on dit « non non non non, je ne suis plus saoul », on crache sur l’amour défunt, on se fout le cul par terre, on évolue en 3e division (le Stade Brestois ?), et les « Moments de plaisir » sont rares. La trompette est pompette, l’harmonica (« Merci pour la joie ») est fatigué, ça sent le petit matin blème au sortir d’un nuit trop arrosée : la pluie qui tombe dehors, autant que les verres qui se vident. Dans le juke box, une vieille chanson de Johnny (« La fille à qui je pense »), reprise sans chichi mais qui peut faire sourire. Sinon, chez Miossec, ça rigole pas des masses : les mots, les plaies et blessures s’éructent, le doigt levé bien haut face à « la France, immobile devant Pasqua l’horreur. »

   Aujourd’hui, l’album acoustique le plus rock qu’on ait jamais vu par ici, et -paradoxalement- enregistré sans batterie (à part un pied de gros caisse), est toujours aussi vivace : la rage est intacte, inentamée. Reste un souci : Pasqua est toujours là. Et il bouge encore le bougre ! Seulement, Christophe Miossec (qui a eu quarante ans en décembre 2004, et qui a déjà donné plusieurs successeurs à ce premier essai mémorable) survivra un bon moment à l’ex-ministre de l’Intérieur que personne ne regrette (Malik Oussekine, RIP), et rien que d’y penser, c’est un vrai moment de plaisir. Patron, rhabille les petits, c’est ma tournée !

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Jean-Marc Grosdemouge

Miossec « Boire », 1 CD (PIAS), 1994

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