Murat "Tristan"

   Après Baudelaire (l’album « Charles et Léo’), on pouvait se demander si ce « Tristan » allait mettre à l’honneur les mots du poète dada Tristan Tzara : pas du tout, c’est au contraire au mythe médiéval de Tristan et Yseult que l’Auvergnat s’attaque.

tristan   Tel un troubadour moderne, c’est en son fief, avec des moyens un peu moindres que d’habitude (le piratage, dont Murat est l’un des plus fameux pourvendeurs, fait souffler un vent de disette sur l’industrie du disque) qu’il a enregistré cet album excellent, qui tranche singulièrement avec ses expériences en trio et ses chansons entrainantes.

   Oubliée l’ambiance néo-yéyé d’un « Mashoptétisés » : monsieur Bergheaud revient à la mélancolie d’un « Cheyenne autumn », mais sans les claviers qui dataient la chose dans l’époque eighties. intemporel tel un bon Mazzy Star, « Tristan » est aussi beau que triste.

   Murat nous offre donc un disque d’amour. Encore un me direz vous, mais sur celui là, le sujet et le mode de fonctionnement sont importants. Pour ne pas dire primordiaux. Comme il l’avoue lui-même : « la crise du disque nous oblige à penser différemment notre métier. Avec Tristan, c’est un nouveau départ, le métier change, je change aussi. Je veux repartir de plus belle ». Et c’est ce qu’il a fait.

   Enregistré en Auvergne à l’automne 2007, par Aymeric Létoquart, de façon artisanale et avec quelques compagnons de fortune, ce disque est pur comme du cristal, sensible aux variations climatiques et les dix chansons s’enchaînent sur un rythme doux et apaisé. On entend battre la vie et le cœur de ce Tristan, désireux de proposer ses passions amoureuses avec un brin de mélancolie. « Tristan est un Sancy de tristesse. Il ne s’entend bien que si on pense, comme moi, que Dieu est une femme » déclare Murat pour expliquer ce projet. Sa voix est toujours aussi juste et l’on comprend mieux pourquoi il affirme

   « Je chante l’impossible amour entre Tristan et Yseult, je cherche d’où nous vient ce goût du malheur. A ma façon » explique Jean-Louis Murat, poète qui a appris à bercer le spleen qui tourne en boucle en chacun d’entre nous. Epuré de la frime folk américaine, le disque se goûte et de déguste jusqu’à ce « Marlène » en conclusion qui ouvre encore une nouvelle voie à exploiter, dont le résultat sera écoutable d’ici… hum… trois mois selon le baromètre de Murat.

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Jean-Marc Grosdemouge et Pierre Derensy

Jean-Louis Murat « Tristan », 1 CD (V2/Universal), 2008

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