Silje Nes "Ames Room"

   Le label Fat Cat qui, il y a peu publiait des raretés de Vashti Bunyan (voir notre article) vient de recruter l’une de ses dignes héritières : la Norvégienne Silje Nes, déjà chouchoute de Bayon qui vient de lui consacrer un long article dans « Libération ».

silje nes   « Ames Room » est une ode au délicat mélange des instruments, à la voix sussurée, au chant du bout des lèvres sur des rythmiques microscopiques, aux gratouillements de guitare, et à l’acoustique lo-fi. Faites de bric et de broc, ces petites comptines s’imposent non pas par leur caractère trop trempé (on laissera ça aux rockeurs) mais pas leur discrétion, leur charme à la fois surrané et actuel (on dirait de vieilles chansons traditionnelles remixées par des artistes électro) qui en font d’idéales camarades domestiques.

   Mettre un disque de Silje Nes sur la platine, c’est en effet comme avoir un chat à la maison : c’est la promesse d’avoir une douce présence chez soi. Mettant en pratique le concept d’Erik Satie, elle crée elle-même de la musique d’ameublement tout à fait moderne, puisque parée de teintes electronica. Et elle le fait chez elle, où tous les titres de ce disque ont été enregistrés, entre 2004 et 2007. Sa volonté de ne pas se fâcher avec les voisins a-t-elle fait le reste, la poussant à retenir un peu le niveau sonore de ses créations ? On verra par la suite ce qu’il en est si elle entre un jour dans un studio porfessionnel. Notons quand même que plus l’on progresse dans l’album, plus le son devient consistant : sur « Recurring dream » et « Searching, white », Silje semble s’affranchir de la contrainte de rester discrète et ose des chansons plus catchy… sans perdre de sa finesse, et avant de repartir dans une rêverie (la perle « Magnetic Moments Of Spinning Objects » avec mélodica et métalophone).

   Contrairement à certaines sorties de Rune Gramofon (sur lequel elle aurait très bien pu atterir puisque ce label norvégien privilégie les artistes locaux), cet album est pop, en français : facile à écouter. La douceur de ces pièces quasi cousues main fait que les comparaisons qui viennent à l’esprit sont forcément féminines : Colleen, Tujiko Noriko, Cocorosie, Hope Sandoval, Joanna Newsom ou la Scandinace Stina Nordenstam. Si les hommes viennent de Mars et les filles de Vénus, alors Silje Nes est bien l’ambassadrice des Vénusiens sur Terre.

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Jean-Marc Grosdemouge

Silje Nes « Ames Room », 1 CD (FatCat/PIAS), 2007

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