Sparklehorse "It’s a wonderful life"

   Bizarre de dire que « la vie est merveilleuse » en ce mois de septembre 2001… Et pourtant, quand Mark Linkous le dit dès la première chanson de son album, cela paraît moins incongru : il faut dire que le dérangé leader de Sparklehorse, qui enregistre au fond de sa tanière (où il a convié John Parish, le comparse de PJ Harvey, à venir mettre un peu d’ordre), a inventé la comptine pop pour grands enfants.

sparklehorse its-a-wonderful-life-4e8062eb270c0   Une comptine qu’il exécute lui même, qu’il chante à travers un vieux micro qui rouille jusqu’à sa voix plaintive. « It’s a wonderful life », une chanson sur laquelle il a collé de petits bruits (il le fait aussi en concert), comme un enfant colle des gommettes sur son dessin : ça ne sert à rien, mais ça personnalise… « Gold day » avec son orgue, son melotron, est un hymne, mais un hymne qu’on fredonne pour soi, en secret. Polly Jean Harvey est venue (elle chante sur « Piano Fire » chanson un peu plus remuante, et sur « Eyepennies », ballade servie par quelques notes de piano. Adrian Utley (guitariste de Portishead) et Nina Person (chanteuse des Cardigans) aussi sont venus. « Dog door » commence par un son sorti de nulle part, et un bruit grinçant, avant qu’une voix comme on en entend surtout dans les disques de métal, ne vienne définitivement planter l’ambiance. Quand on dit « planté », chez Sparklehorse, ce n’est pas péjoratif : c’est parce qu’elle est plantée (et aussi pas mal barrée) que cette musique va droit au cœur. Attention album habité ! Hanté devrait-on dire… Car le son sort de partout, dégouline des enceintes, la production est riche, mais fragile. Elle est signée Dave Fridmann, c’est dire si c’est un gage de qualité. « It’s a wonderful life » est un de ces disques qui prennent une ampleur monstre la nuit, comme les « Blue moods of Spain » de Spain. Un disque monstrueux justement, qui balaie en quelques dizaines de minutes rondement menées, la plupart des disques qui nous accompagnaient ces derniers temps. S’il ne fallait retenir qu’un disque, un seul, en ces temps de WTC bombardé, donc pas tellement gais, ce serait celui là. Mark Linkous, qui vit pas très loin de New York (il est voisin des Mercury Rev, qui vivent dans les Catskills Mountains), signe la B.O. idéale pour le spleen d’un monde chancelant, qui doute sous les bombes, qui vit avec la menace.

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Jean-Marc Grosdemouge

Sparklehorse « It’s a wonderful life », 1 CD (Capitol/EMI), 2001

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