The Delgados : à l’eau claire

   Fan de cyclisme, le quatuor écossais The Delgados est le cas typique du groupe pop qui poursuit sa route avec excellence, mais sans rencontrer d’immense succès commercial. The Delgados ne visent pas le général, mais construisent une carrière où les jolis albums se succèdent, comme des victoires d’étapes. Dans le milieu cycliste, on pourrait les qualifier d’équipiers modèles.

   The Delgados sont réguliers : toujours là sur la durée, et toujours prêts à porter les bidons pour aider les leaders. Par exemple, ils ont créé un label, Chemikal Underground, qui a vu de nombreux groupes éclore comme Arab Strap ou Mogwaï, tout en continuant leur bonhomme de chemin.

   Et ce n’est pas pour doper leur musique qu’ils ont fait appel au producteur américain Dave Fridmann (Mercury Rev, Flaming Lips), mais parce que c’est lui qui leur a sauvé la mise lors de l’enregistrement de leur avant dernier album, « The Great Eastern », quand ils ont connu une « fringale » mémorable. Aujourd’hui, leur nouvel album sort sur le label Mantra, après que le patron dudit label, John Empson ait insisté pendant quatre ans pour obtenir du groupe qu’il rejoigne son écurie.

   De passage en France, les guitaristes et chanteurs Emma Pollock et Alun Woodward, confirment qu’ils sond intarrissables sur la question cycliste : ils pronostiquent Lance Armstrong comme vainqueur de la prochaine Grande Boucle et dissertent aussi facilement sur l’E.P.O. que sur la P.O.P. Non la pop.

   Bien qu’on n’ait absolument rien à reprocher à ces artistes qui n’ont pas peur de grimper des cols de première catégorie (comme les nombreux murs du son spectoriens de « Hate »), The Delgados ont accepté de se soumettre à notre contrôle d’après étape. Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge

Epiphanies : Quand vous avez enregistré votre précédent album « The great eastern », vous avez appelé le producteur Dave Fridmann au secours, parce que vous n’arriviez pas à le finir. pourquoi avoir choisi de collaborer avec lui sur le nouveau, « Hate » ? C’était par peur de connaître à nouveau ces difficultés ou était-ce un réel choix artistique ?

Alun Woodward : sur « The Great Eastern », Dave a vraiment sauvé le disque quand on lui a confié les bandes. On a adoré son travail, donc dès le début de la préparation de « Hate », on lui a demandé de venir enregistrer avec nous à Glasgow. Impliquer Dave était un vrai choix artistique parce que on aime ce qu’il fait de notre musique, ses techniques de travail, son approche de nos chansons. Son travail s’intègre bien à l’écriture de nos chansons.

Emma Pollock : le travail a été différent sur le précédent et sur celui-ci. « The Great Eastern », on arrivait pas à le finir. Il est arrivé, à tout repris et l’a terminé. Sur celui-ci, il a été là tout le temps. Et il a sa vision du groupe : il y a eu des débats.

Certains, en écoutant « Hate », ont pensé : ce n’est pas un album des Delgados, c’est un album de Dave Fridmann. Il a fait tant de choses sur cet album, comme les arrangements de cordes, que cet album n’est plus le leur. Qu’en pensez-vous ?

EP : Pour être franc, c’est complètement faux. Le son de la batterie, par exemple, ça n’a rien à voir avec Dave. C’est ironique, mais cet album est bien plus un album des Delgados que « The Great Eastern ».

AW : De tous les albums que nous avons fait, celui-ci est le plus proche des Delgados qui soit.

Il y a quelque chose de frappant sur ce disque : le chant est assez simple, mais derrière, quelle production ambitieuse !

AW : On écoute pas mal de comédies musicales de la MGM, où la musique est flamboyante … Mais notre chant, à Emma et moi, est plus sombre. Nos textes, sombres, sur cette musique qui l’est moins, crée un contraste intéressant.

Vous chantez « hate is everything. » C’est en effet un album très sombre.

EP : (sourire) Les paroles de chansons reflètent les combats qu’on peut connaître dans la vie, les expériences difficiles.

Cet album sort chez Mantra. Pourquoi ?

AW : On voulait se faire plaisir en se payant le luxe d’un album avec de gros moyens de production, mais sans risquer de mettre en péril la vie financière de notre label Chemikal Undergound et de tous les groupes qui sont signés dessus. Donc on a sorti « Hate » chez Mantra, parce qu’à cause des cordes et des choeurs, il a côuté deux fois plus cher à produire que « The great eastern ».

EP : Ah bon ? (s’ensuit entre Emma et Alun une explication chiffrée à voix basse et avec un tel accent écossais qu’il ne nous a pas été possible de la retranscrire).

Si vous deviez définir votre musique en quelques mots, que diriez-vous ?

AW : Je dirais que c’est de la « modern orchestrated folk »

EP : (satisfaite) Hmmm …

AW : Dans les mots et les mélodies qu’Emma et moi écrivons, il y a pas mal d’influences de la musique traditionelle écossaise. En Ecosse, j’écoute Radio Nan Gael. Je ne comprends pas un foutu mot des paroles des chansons, mais les morceaux sont épatant. J’écoute de la musique celtique, Bert Jansch, et tous les gens dont je ne connais pas les noms mais que j’entends sur cette radio.

Quand vous avez créé le label Chemikal Underground, avez-vous cherché à créer une esthétique particulière ?

AW : On a fait un label où les gens pourraient trouver de la bonne musique. Faire des disques que les gens auraient envie d’acheter parce qu’il savent les musiciens qui sont là ont du talent. On n’avait pas d’idée précise, si ce n’est celle de mettre en avant une certaine intégrité artistique.

Vous avez choisi votre nom à cause du cycliste espagnol Pedro Delgado. Aujourd’hui, dans le cyclisme, il y a pas mal d’affaires de dopage. Vous êtes toujours fans de ce sport ?

AW : Je crois qu’il y a toujours eu ce genre de problèmes. De nombreux grands cyclistes comme Jacques Anquetil ou Eddy Merckx, se sont dopés. Un cycliste, Tom Simpson, qui avait pris des amphétamines, est mort dans l’ascencion du mont Ventoux dans les années 60.

EP : La plupart du temps, ce sont les docteurs qui prescrivent cela. Dans un premier temps, les coureurs prennent des substances qui aident à ne pas mettre leur corps en danger lors de l’effort. Le problème, c’est quand ils commencent à prendre des trucs que le directeur sportif leur demande de prendre pour l’intérêt de l’équipe dans la course. La frontière entre ce qui est légal et illégal est mince.

AW : Tu peux écrire que les Delgados sont pour le dopage dans le cyclisme !!! (rire)

 

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