Bastien Lucas « Essai »

Bastien Lucas « Essai »

Face aux vents mauvais de la chanson (ils se nomment : formatage, consumérisme, ou népostisme (le mot savant pour parler des « fils et filles de »), Gabriel Yacoub est un roseau : on ne sait s’il plie, en tout cas il ne rompt pas. Et sur son label, le bien nommé Roseau, il élève de jeunes pousses qui ont le talent pour engrais.

S’il ouvre son album avec « Le banc », à la fin duquel un hommage à Georges Brassens s’est glissé (sauras-tu le reconnaître ?), c’est dans la pochette en forme de bouquin de la collection blanche de Gallimard que se trouve un indice : au recto, une photo de l’auteur-compositeur, prise dans un train, ferait presque dire « c’est William Sheller jeune ». Et comme Sheller, Lucas vient du classique : il a appris le piano. Originaire de Saint Amand Monrond, il fut résident en écriture au Conservatoire national Supérieur de Musique de Paris.

Cela s’entend : déçu par la chanson (à qui il reproche -souvent à raison- des suites d’accords qui se ressemblent) et reprochant par ailleurs à la musique dite « grande » son emphase, ses longueurs, il capte l’essence élégante du classique en quelques instantanés de trois ou quatre minutes, dans lesquels sa voix haut perchée nous narre quelques instants empruntés au réel. Ceux qui aiment bien Martin Rappeneau mais lui reprochent une écriture par trop FM vont adorer bastien Lucas. Ceux qui aiment Daran (dont il a repris le titre « Extrême », et lui a valu d’être invité sur scène par l’auteur de « Dormir dehors ») trouveront aussi bien des qualités ) ce jeune homme au ton frais. On n’avait rien entendu de tel depuis un certain Jérémie Kisling.

Délaissant la structure habituelle (couplet-refrain), Lucas chante comme on mettrait des nouvelles en musique (d’où l’intérêt d’un livret qui ressemble à un livre). Digne héritier de Voulzy en matière de mélodies, Lucas connait les techniques de compositions des monstres de la musique classique, comme Ravel, Schumann ou Fauré et ce bagage est fort utile pour livrer un album qui se démarque du tout-venant. Instrumentation et sonorités classiques, références et chant français, esprit pop : s’il se voulait inclassable, Lucas n’aurait pas fait autrement. Essai concluant.

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Jean-Marc Grosdemouge

Bastien Lucas « Essai », 1CD (Le Roseau/harmonia Mundi), 2007

Infos : le site de Bastien Lucas

Jean-Marc Grosdemouge

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