David Brun-Lambert : boy in the book

     Peter, Carl, les Libertines, le rock… et si au fond tout ça n’était qu’un prétexte pour écrire un roman sur l’amitié, la perte de l’innocence, la dépendance ? Rencontre avec David Brun-Lambert, auteur de « Boys in the band ». Propos recueillis par Jean-Marc Grosdemouge.

d bun lambertEpiphanies : En choissant de t’inspirer des Libertines pour écrire « Boys in the band », voulais-tu à l’instar d’un Christophe Fiat, traiter des mythes culturels de notre époque ?

David Brun-Lambert : Les mythes culturels de notre époque… Franchement, non, je ne crois pas avoir poussé la réflexion si loin. « Electrochoc » était l’odyssée d’une génération. « Nina Simone », un hommage déguisé à une artiste devenue BO de ma vie… Quant à « Boys In The Band », c’est l’histoire d’une amitié cannibale. Une amitié amoureuse, passionnelle entre deux types. Si j’ai choisi de m’inspirer des Libs c’est que le déchirement qui marqua la fin du groupe m’avait troublé. Je me souviens d’une interview de Carl livrant son sentiment de perte, d’abandon, d’écoeurement aussi. C’est le point de départ. Et le seul propos du livre. En définitive, et avec un décorum RADICALEMENT différent, cette histoire aurait pu se dérouler, disons… au coeur d’un ensemble vocal… le texte aurait comporté un grain différent, mais dans le fond, l’histoire racontée n’aurait pas sensiblement différé…

Donc avoir choisi pour toile de fond cet univers rock ce n’est pas par hasard… Est-ce que ça te permet de développer des aspects que tu n’aurais pas pu développer dans un autre décor ?

Le danger peut-être. La jeunesse. La rapidité. L’énergie. La sexualité et ce truc fugitif inhérent au rock. Une esthétique. Une certaine bohème aussi, et par conséquent (dans une amitié) la nécessité de pouvoir compter l’un sur l’autre…

En choisissant de reprendre grosso modo la trame de la carrière des Libs, n’as-tu pas eu peur qu’on te reproche de manquer d’imagination ?

De toi à moi, très honnêtement « non », avec un O très rond.

Ou peur de faire une bio aproximative ?

Mon dieu, mais c’est si loin de la bio ! Tu vois le travail que représente une bio ? ça te hante l’écriture d’une bio ! c’est douloureux une bio. Un court texte comme celui-ci, c’est du plaisir à rédiger).

En quoi ce livre est-il un roman et non un récit ?

Parce que les trois quart de ce qu’on trouve dans ce texte est imaginé. Ou tiré de mon expérience (les passages relatifs à l’enfance en particulier). Après, imagines que l’avertissement qui ouvre ce texte n’ai pas été imprimé, et que la gueule de Doherty n’ai pas été publié en bandeau, je commence à croire que les 3/4 des lecteurs (je ne parle même pas des journalistes) n’auraient peut-être pas fait le rapprochement avec les Libs.

Flaubert disait « Emma Bovary, c’est moi ». Tu dirais ça aussi de Carl ? ou de Peter alors ?

De Carl, dans le cadre de ce texte – EVIDEMMENT mais il en est certainement de même pour qui s’inspire d’un personnage ayant existé. Aussi lointain puisse-t-il paraître en terme de tempérament, racines ou destinée. Regarde Colum McCann avec « Danseur » : il s’agit moins de Noureev que de l’auteur.

Et au fond entre Carl dépendant de Peter (en terme de sentiments) et Peter dépendant aux substances illicites, tout le monde est addict à quelque chose ?

Oui, mais surtout dépendant à l’amour et au besoin d’amour, au besoin de s’extraire ou d’échapper à la solitude.

Par ailleurs, que penses-tu de la mythologie « sex, drugs, rock’ n’ roll » ? n’est-ce pas un peu caricatural parfois ?

C’est un peu court, non ? Encore une formule pour faire rentrer les comportements « marginaux » dans des petites boites. De toi à moi, ça n’évoque rien.

Justement, ces comportements marginaux, ils sont l’exception dans la vie « normale » mais dans le rock, ils deviennent tout à fait acceptables, vendeurs mêmes. Celui qui ne commet pas d’excès est un peu soupçonné d’être « traître » à la cause rock, non ?

Je suis d’accord avec toi sur la première remarque. Après… « traitre à la cause » parce que tu ne joues pas le jeu de l’excès, je ne crois pas. Si une attitude destroy suffisait à te faire entrer dans un quelconque panthéon… tu ne penses pas que la musique demeure la priorité et la seule clé vers la reconnaissance ? (à quelques exceptions bien sûr, Syd Vicious était un crétin ET un exécrable musicien… les Ramones étaient incroyablement limités, mais tout cela – et tu peux reprendre au cas par cas dans le livre « Please Kill Me » publié chez Allia – s’inscrivait dans une époque où une nouvelle esthétique était définie. Et on ne s’en est probablement jamais remis puisqu’elle à encore cours aujourd’hui. Mais à ce que je sache PJ Harvey ou Thom Yorke ou même le mec des Artic Monkeys ne se sont pas distingués pour leur parties de défonce. C’est la musique et l’énergie qui prime. Toujours. Pourvu qu’elle offre un instantané du monde. « La peau du monde » dont parle Greil Marcus.

Au fait, Carl et Peter t’intéressent en tant que héros de fiction… mais leur musique ? tu aimes Les Libertines ?

J’adore !

David Brun-Lambert, « Boys in the Band » (Denoël), 2007

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