La Route du Rock 2004 Fort de Saint-Père, 13-14-15 août 2004

La Route du Rock 2004 Fort de Saint-Père, 13-14-15 août 2004

Fort de Saint-Père, 13-14-15 août 200La quatorzième édition du festival malouin a apporté son lot de bonne musique (dEUS, TV On The Radio, Murcof, Blonde Redhead), de galette saucisse et… de pluie, invitée surprise du dimanche soir, qui n’a pas réussi à gâcher la fête, qui n’a vu aucune défection d’artiste.

C’est vrai, j’avais dit que cette année, je n’irais pas à la Route du Rock. Après cinq ans, j’avais pensé m’offrir une respiration : délaisser le festival de la cité corsaire, pour relancer l’envie. Et puis Paris en août, c’est un peu barbant, Bertrand Cantat en concert privé dans sa prison de Vilnius (je l’ai appris dans le “Libé” du lundi), c’est vraiment trop “happy few”. Rester devant la télé pour regarder le J.O. (j’aime pas le sport) ou le Pape à Lourdes ? C’est mal me connaître. Bien sûr, il y a la piscine Reuilly avec la jolie Karima, dont les formes de rêve évoquent la sirène de “Splash”, mais à force de barboter, j’ai les yeux rougis par le chlore. Autant respirer l’air iodé. Donc va pour Saint Malo, son fort de Vauban, ses galettes saucisses à pas cher, et sa musique indé.

vendredi 13 août

Ca sent la bière pour Now It’s Overhead (mes agmydales avaient besoin de boisson au houblon pour accompagner cette musique digne d’intérêt) mais ça sent le sapin pour The Beta Band, qui a d’ores et déjà annoncé sa séparation prochaine, et fait sa tournée d’adieu sans se fatiguer plus que ça. The Kills, eux, se démenent comme de beaux diables, mais VV et Hotel nous fatiguent vite : trop de guitare, trop de stridence, trop, trop, trop. On aimerait que le duo arrête parfois de jouer pied au plancher, car sa musique évoque PJ Harvey… avec infiniment moins de nuance.

Groupe excellent mais qu’on croyait rustaud, le combo belge dEUS (photo ci-dessus) se transcende, et signe un grand retour scénique en prélude de leur retour discographique (leur prochain album est annoncé pour début 2005). Après le pétard mouillé Black Dice et leur show abscons de l’an passé, Rock Tympan fait à nouveau appel au label DFA. Meilleure pioche avec LCD Soundsystem, donc la musique synthétique hautement cardiaque fait souffler un petit vent dansant dans le fort. Vent que RJD2, concentré sur ses platines, entretient avec un set qui évoque parfois le Californien DJ Shadow, qu’on a déjà pu voir dans le même fort.

samedi 14 août

Après une pizza sur la plage (les mouettes aiment ça, au passage) avec deux amies, on s’essaie à la plage de l’Eventail et à ses siestes musicales. Manque de chance, ce n’est pas un DJ set mais Nouvelle Vague. Voilà le groupe le crossover le plus bidon du moment, et -pire encore- faussement étiquetté “indé”. Reprendre les tubes new wave en bossa ? Pourquoi pas du Nick Drake par une fanfare tzigane ? On se demande ce que Camille (dont on a aimé l’album “Le sac des filles”) fait là-dedans.
Direction donc le Palais du Grand Large. Gravenhurst, c’est fini, mais on pourra faire la sieste en écoutant Laura Veirs, car le rosé, bu au soleil, ça assome son homme. Le problème de la vie de patachon, c’est qu’on traîne, on traîne, et l’on arrive au fort un peu tard. On a loupé Flotation Toy Warning. De l’avis de tous, ça valait le coup. Tant mieux pour le groupe, car leur album, écouté la veille du départ en Bretagne, ne suscitait pas un enthousiasme forcené chez moi. Déjà saoûlés d’avance par le peu de présence scénique de Valérie Trebeljahr, c’est en prenant une bière dans les douves du fort qu’on écoute le set de Lali Puna. On se bouge finalement pour aller voir de plus près la “Versailles Connection” : le duo Air (sympathiques, avec leurs blagues sur les Bretons portés sur la bouteille, mais un peu inexistants sur scène) et Phoenix (moins mauvais que la dernière fois qu’on les a vus, mais dont la musique évoque toujours des choses vieillotes et inspides comme Supertramp, Chicago ou Steely Dan).

Mieux valait attendre pour profiter pleinement de TV On the Radio (photo ci-dessus), qui offre un set époustouflant. Ce groupe signé chez 4AD est assurément la sensation de ces trois jours. Rock, free jazz, musiques black, TV On The Radio mélange tout. En ces temps de crossover étiquetté “avec de vrais morceaux de ceci ou cela dedans”, TV On The Radio pousse ses influences au maximum… et invente un son qui lui est propre. En fait, ce groupe a des références (ça se sent) mais ne se la joue pas intello, et -surtout- ne ressemble à rien de connu. “Enfin de la nouveauté !” se dit-on, dans une époque plus prompte à encenser les recyclages (comme, je ne sais pas… Nouvelle Vague) que les vraies prises de risque.

Egalement issue du giron Beggars, Peaches a tout misé sur le look tendance rue Saint Denis et la chorégraphie (je monte aux échaffaudages), pas sur la musique. C’est minimal (des bandes orchestres) ou énervant (du rock pataud à guitares aux design foufou), mais on se demande ce que cela veut dire… Dans un décorum peep show, Peaches chante comme Nina Hagen, se veut loufoque et provocatrice. Ses tenues sont en fait vulgaires. Elle n’a rien à voir avec son compagnon Gonzales, qui lui, au moins, est drôle. Une connaissance m’a rapporté qu’il a entendu à la fin du concert : “j’pensais pas qu’c’était comme ça, les Pixies !” Voilà au moins qui est drôle. Allez dodo.

dimanche 15 août

Enfin, j’ai réussi à voir deux artistes de suite au Palais du Grand Large : le Mexicain Murcof, époustouflant tant son électronica est rêveuse (on est plus proche des paysages de sa ville de Tijuana que de Jarre, avec qui il s’est initié à la musique électronique), puis Fenesz. L’Allemand, parfois armé d’une guitare, se révèle un peu plus sombre et agressif que son prédécesseur.

Pas agressifs pour un sous, les Américains Mojave 3 (sans Rachel Goswwell) mettent le fort en bouche, puis Girls In Hawai leur emboîtent le pas. C’est surtout le trio Blonde Redhead (photo ci-dessous) qu’on attend (son dernier album “Misery is a butterfly” l’a révélé à un large public), et il ne déçoit pas.

Malheureusement, la pluie s’en mèle et écourte un tantinet le set. Il pleut à verse, et l’on se demande un temps si l’on ne va pas rentrer directement au lit pour cause d’annulation. Mais le festival continue façon “mudstock” et c’est avec un peu de retard que les méridionaux de Dionysos montent sur scène. Quel énergie ! Mathias, tiré à quatre épingles (costard noir avec veste longue et cravate joliment nouée) saute dans tous les sens. Mais quand il s’agit d’électrifier le blues avec sauvagerie, rien ne vaut Jon Spencer Blues Explosion. Je préfère en rester sur cette impression plutôt que d’écouter un groupe électro marseillais signé chez Blue Note en grelottant dans mon coupe-vent siglé M6, offert par la chaîne à l’époque où je travaillais pour l’émission “Capital”. Emmanuel Chain, si tu me lis…

Moralité : j’ai fait ma sixième Route du Rock consécutive, et j’ai appris que les mouettes mangent de la pizza. Si feue ma mère me voyait, me souhaiterait-elle de continuer dans cette voie, ou m’encouragerait-elle à me trouver un job véritable, une femme sympa et un appart de plus de 20 m² ? Je m’en vais méditer là-dessus… Vous connaîtrez la réponse l’an prochain, selon que vous me croiserez ou non avec mon badge autour du cou à Saint Malo.

première publication : lundi 16 août 2004

Jean-Marc Grosdemouge