Réhabilitons « I Trawl The Megahertz » de Paddy McAloon

Réhabilitons « I Trawl The Megahertz » de Paddy McAloon

En 2003, Paddy Mc Aloon sortait cet album et je lui attribuais seulement deux étoiles en concluant par « passé la première écoute de cet album, qui est un enchantement, rien ne nous donne finalement envie d’y revenir ».

Et je n’ai jamais, je crois, réécouté cet album ensuite. Comme l’album est ressorti en 2019, cette fois sous le nom Prefab Sprout (voir la video ci-dessous), c’est l’occasion d’y revenir.

Voici d’abord ce que je disais :

2003

« Si vous aimez les envolées symphoniques d’un Craig Armstrong, et à plus forte raison si vous aimez le raffinement sonore de Prefab Sprout (dont l’album « Andromeda Heights » de 1997 est un pur bonheur de pop sucrée), ce disque de Paddy Mc Aloon pourrait être un enchantement pour vos oreilles. A condition de s’habituer à un changement majeur : Paddy ne chante plus. Dommage car cet album est le palais de Dame Tartine, avec des décors en Chantilly et des rivières de barbapapa. En ces temps de dictature de la maigreur, un peu de douceur, ça fait du bien. Et la voix légère de Paddy ne nous aurait pas déplu.

C’est trop glucose

Dans le cas où vous décidez de poursuivre l’aventure, il vous faut assumer franchement votre goût pour les bonnes choses qui riment avec glucose. Le premier morceau (qui dure plus de vingt minutes et sur lequel une femme récite un texte en anglais) pose les bases d’un symphonie pop yuppie, tandis que le morceau suivant, totalement instrumental, et un peu plus enlevé, évoque les baroqueries d’un Divine Comedy, mais séduit moins. Retour en grâce avec « Fall from grace », « Orchid 7 » ou « But We Were Happy » dont les violons rappellent « The Juliet Letters », album qu’Elvis Costello enregistra avec le Brodsky Quartet.

« We Were Poor… » et ses cuivres doux évoque aussi les chansons de l’album « Eden », petit chef d’oeuvre pop d’Everything But The Girl, dans les années 80. « I’m 49 » (et ses conversations téléphoniques enregistrées en surimpression) rappelle quant à lui le morceau d’ouverture du présent album. « Sleeping Rough » a un je-ne-sais-quoi d’Aztec Camera, et « Ineffable » n’évite pas les redites.

Manque d’unité

Ainsi, cet album peine à trouver sa propre logique, sa propre unité sonore. On dirait que McAloon copie un peu les autres, et que quand il a une propre idée intéressante, il la photocopie. Aussi passé la première écoute de cet album, qui est un enchantement, rien ne nous donne finalement envie d’y revenir. Pour reprendre le thème du régime et du sucre, l’écoute de « I trawl The Megahertz » se transforme peu à peu en un écart dont on se sentirait presque coupable après coup. Coupable de s’être laissés aller à cette musique parfois facile. »

Version 2021

Que j’avais la dent dure à cette époque là ! « Musique facile », comme tu y vas vite mon garçon… Le mardi 17 juin 2023 pur être plus précis car internet archive tout, j’avais du me lever du mauvais pied. J’oublie totalement de dire que le morceau d’ouverture fascinant qui ouvre l’album et fait penser à « Waltz » de Craig Armstrong, pour la voix qui récite d’un ton métallique, fait plus de 22 minutes. Et on l’écoute en état de fascination. Du pur bonheur. Et rien que pour ça, vous constaterez que l’article affiche non pas deux mais 4 étoiles désormais… Parce que rien que pour ce morceau, cet album vaut le coup.

Je suggère de zapper « Esprit de corps » pour passer à « Fall from grace » puis « We were poor ». « Orchid 7 » est un bon morceau, même si une partie de l’orchestration pèche un peu et sonne synthétique… quoique les marimbas Steve Reich ne sont pas inintéressants. Titre suivant : écouter « I’m 49 » ça rend tout de suite plus mesuré dans ses propos. On retrouve le charme grandiloquent de « Andromeda Heights » de 1997. Apparition surprise de la voix de Paddy sur « Sleeping Rough ». Pas la peine d’en écrire plus : j’étais un con à 28 ans.

****

Jean-Marc Grosdemouge

Paddy McAloon « I Trawl The Megahertz » (Capitol), 2003.

Prefab Sprout »I Trawl The Megahertz » (Sony), 2019

Infos : https://www.sproutology.co.uk

Jean-Marc Grosdemouge

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