Bernard Lenoir, l'incorruptible du rock

   C’est bien connu : le rock, le soir … c’est Lenoir. Lenoir comme Bernard Lenoir, bientôt aussi légendaire en France que le regretté John Peel au Royaume-Uni.

   Depuis plusieurs années, Bernard Lenoir, dit Le Black ou l’Inrockuptible rythme les soirées de France Inter, juste avant Le Pop Club » de José Artur (dont il a été l’assistant il y a quelques dizaines d’années). Flanqué de sa réalisatrice Michèle Soulier, qu’on n’entend jamais mais qui ne manque pas d’apostropher l’animateur via son casque, il nous fait découvrir chaque soir des nouveautés indés choisies avec amour. Pas de contrainte d’audience, ou si peu, alors on en découvre des choses pendant une heure…

Ancien « Enfant du rock »

   Lenoir, qui est sur France Inter depuis 92 après avoir officié sur Europe 1 et sur Antenne 2 dans « Les enfants du rock » n’a pas toujours eu la vie facile : autrefois programmé de 21 heures à 22 heures, juste après « Pollen » de Foulquier, sa tranche avait été réduite à une demie-heure à la rentrée 1996, juste après « Zinzin », le magazine de Philippe Bertrand. C’était l’époque du président Jacques Santamaria, qui s’est illustré par des décisions aussi autoritaires que débiles sur l’antenne de Radio France.

   Outre le programme habituel, auquel participent parfois Hugo Casavetti, Yves Thibord (et sa cosmopop), il organise les Blacks Sessions, ces concerts live qui font la fierté de l’animateur depuis des années. Plus de cent cinquante artistes (dont Radiohead à leurs débuts, mais aussi PJ Harvey, Pulp, Divine Comedy, etc) sont venus jouer gratis et en direct dans les studios de Radio France pour ces Sessions (inspirées des Peel Sessions de la BBC) qui ont même été filmées par Paris Première pendant plus de deux ans. Mais les Sessions se sont espacées ces derniers mois. Elles ont même failli disparaître il y a deux ans, la station n’ayant décidément pas d’argent pour la musique pas comme les autres.

   Cette affaire qui, comme on s’en doute, a ému toute la communauté inrock, s’est règlée par un échange de courrier entre le Black et Jean-Luc Hees dans « les Inrockuptibles. » C’est dire les liens forts qui unissent encore Lenoir et la rédaction de l’hebdomadaire. D’ailleurs le journaliste Jean-Daniel Beauvallet (alias J.D.), l’une des plumes expertes de l’hebdo, participe de temps en temps à l’émission depuis sa maison de Brighton. L’occasion d’écouter quelques nouveautés brittones.

Eternel spleen adolescent

   Enfant, Bernard a assisté à la projection du film « J’irai cracher sur vos tombes », projection à laquelle son auteur, Boris Vian, présent dans la salle, n’a pas survécu, puisqu’il a eu un malaise mortel. En Algérie, il a eu comme camarade de jeu Yves Saint Laurent. Et l’expression « caresse et bise à l’oeil » ne date de l’époque où il officiait comme DJ au Tam Tam, à Bandol, en pleine période « yé yé », mais tout simplement de son enfance algéroise : une expression utilisée dans sa bandes d’amis. A la différence de ceux qui ont eu vingt ans dans les sixties, Lenoir, lui, a bien viré côté zique… puisqu’il ne s’accroche pas à cette période et préfère défricher parmi les sons d’aujourd’hui, même s’il ne croit pas trop à l’électro et au post-rock.

   Ainsi va Lenoir, traînant dans les festivals, les concerts parisiens, et même sur l’antenne, parfois, son spleen d’éternel adolescent. Lenoir a vingt ans pour toujours, depuis trente ans. Je vous l’avais bien dit : comme la musique qu’il défend, Lenoir est quelqu’un « pas comme les autres. » D’ailleurs, on en a encore eu une preuve : ayant annoncé en septembre dernier que cette saison radiophonique serait la dernière pour lui, il a annoncé début janvier qu’il renonce à sa retraite. On a eu peur.

Jean-Marc Grosdemouge

« C’est Lenoir », du lundi au jeudi de 21 heures à 22 heures sur France Inter.

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