Carte blanche à Tino Sehgal

    C’est une expérience artistique, pas une exposition. que nous a proposé Tino Sehgal cet automne au Palais de Tokyo.

En effet l’homme n’expose rien (à part peut être ce grand tapis de mousse humide), mais il propose au visiteur de vivre une expérience. D’abord il n’y a pas de ticket car l’artiste organise son effacement et personne ne peut exhiber un billet en disant « j’ai vu telle installation ou oeuvre de lui ». A la place un bon coup de tampon vous est donné sur la main, comme dans les bals populaires d’autrefois.

Quand vous traversez le rideau, vous êtes accueilli par quelqu’un qui vous guide. Pour mon amie et moi, la question fut « qu’est-ce qu’une énigme ? » puis on a nous a suggéré de descendre par l’escalier sur la gauche. Tout le monde se ballade dans les espaces vides, et parfois, quelques personnes esquissent le même pas lent; en allant dans la même direction, en psalmodiant la même chose. Puis cela cess, tout le monde se disperse. L’un des participants de l’expo a foncé sur moi et m’a parlé en anglais d’une chatte qu’il a sauvé, prénommée Mitsuko. On a échangé quelques minutes (ça ça reste entre lui et moi) et soudain, il s’est en allé.

J’ai continué à me balader. Un espace était totalement noir, et je n’y suis pas entré. Dans un autre, un film était projeté. Ailleurs, dans une pièce, des gens se parlaient de loin. Cela commençait d’abord par « the object of this world is to become a subject of discussion », récité lentement et en rythme, comme un mantra. Puis un sujet est lancé : le fait de dire « petit » souvent. Ex : fumer une petite clope, prendre un petit café. D’ailleurs, pas loin il y a un bar où est servi un vrai petit café très serré, très corsé mais plein d’arômes.

Ce qui est intéressant dans cette Carte Blanche, c’est qu’alors que dans une exposition classique il y a une oeuvre bien délimitée et qui peut être reproduite (après tout si on ne visite pas l’expo, on peut voir cette oeuvre ailleurs), ici on ne sait plus trop ce qui fait partie de l’oeuvre ou non.

D’ailleurs chaque visiteur interagit et fait donc de fait partie intégrante de l’oeuvre qui est donnée à voir chaque jour. Je ne poserai jamais pour un peintre, mais pendant quelques heures, par ma simple présence, j’ai fait parte d’ne oeuvre de Tino Sehgal. Aucune minute de cette Carte Blanche ne peut ressembler à une autre. Voilà ce qui en fait la force. Et la portée toute métaphysique. Pas étonnant pour une oeuvre créé par quelqu’un qui considère l’art comme « le refuge de la spiritualité dans une société séculaire« .

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Jean-Marc Grosdemouge

Carte blanche à Tino Sehgal, au Palais de Tokyo (Paris 16eà jusqu’au 18/12/2016

Infos : http://www.palaisdetokyo.com/fr/evenement/tino-sehgal

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