Don Quichotte, un page turner d’hier

L’oeuvre de Cervantès fait un millier de pages. Il nous en faudra juste une pour vous convaincre de plonger dans ce roman ancien aussi moderne qu’haletant.

Il faut se méfier de l’aura qui entoure les monuments littéraires : elle est parfois si forte qu’elle décourage subtilement le lecteur de s’approcher. Timide, inhibé, ne se sentant pas « à la hauteur », celui-ci n’ouvre pas le livre.

Et plus le volume est épais, plus c’est intimidant : prenez ainsi « Ulysse » de James Joyce, « Guerre et Paix » de Tolstoï ou « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen. Et ne parlons pas de Proust : on approche en se demandant : et moi, vais-je arriver à entrer dans cet univers ?

Oser, tout simplement

Une même aura entoure l’oeuvre de Cervantès. On a tous entendu parler de l’Homme de la Manche, l’ingénieux hidalgo qui combat les moulins à vent. Mais tout le monde ne lit pas. Pourtant, il y a plusieurs centaines d’années, Cervantès (1547-1616) a inventé le page turner avant l’heure: faite de courts chapitres, cette épopée se lit bien, comme Delerm père savoure sa bière, à petites gorgées.

Fou de romans

Lecteur de romans de chevalerie, Don Quichotte décide donc de partir redresser les torts de par le monde, et devient chevalier errant. Dès les premières pages, on comprend bien que cette homme là travaille de la cafetière. Et il va errer, mais jamais seul : il rencontre un tas de gens qui s’accordent presque tous pour dire que c’est quelqu’un qui parle et raisonne bien… sauf quand il commence à parler de ses fichus romans de chevalerie.

Geek du XVIIe ?

Cervantès aurait-il inventé le geek avant l’heure ? Son héros stocke les livres; comme d’autres les coffrets blu-ray aujourd’hui. Et une partie de ces livres finira jetée par le fenêtre par ses proches, inquiêts de leur mauvaise influence sur Quichotte.

L’autre trouvaille de ce roman, c’est que l’auteur y insère d’autres histoires. Il suffit que, dans la narration quelqu’un trouve un livre et qu’il en fasse lecture aux personnes présentes pour que cela fasse quelques chapitres de plus à insérer. Brillant. Ainsi ce roman, ce n’est pas juste une histoire mais un méli-mêlo d’histoire et de rebondissements… parce que tous les personnages se croisent, se recroisent, parfois même sous de fausses identités. On se croirait sur Facebook !

Se laisser emporter

On tourne les pages, on tourne les pages… on rit, on a la frousse, on s’extasie sur la capacité de Don Quichotte à être totalement hors de la réalité. Et cela doit beaucoup à la traduction d’Aline Schulman. Vous l’avez compris : même si vous posez votre drap de bain loin de l’Espagne, en emportant ce livre avec vous cet eté, vous voyagerez loin dans le temps.

*****

Jean-Marc Grosdemouge

Miguel de Cervantès « L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, tome 1 », 1997 , ed Points-Seuil, 577 pages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *