Mayra Andrade "Navega"

   C’est une éclosion que l’on avait vu venir, depuis l’époque où Mayra Andrade, jolie Cap-Verdienne tout juste sortie de l’adolescence, était encore un bourgeon qui n’avait pas trouvé sa pépinière discographique (voir notre portrait). Déjà, elle enchantait les salles avec son répertoire de mornas, de batuques et de coladeras, sorte de grammaire intime de l’émotion, dont elle sait tirer à chaque fois le meilleur.

mayra-andrade_navega   Quelques mois ont passé, une major du disque a accueilli la demoiselle, et voilà que paraît le disque tant attendu, « Navega », du nom de cette chanson que Mayra a composé avec le guitariste Patrice Larose, qu’on a aperçu ces derniers temps avec Marcio Faraco ou en duo avec Julia Sarr pour un album chez No Format. « Navega » est ce que l’on a coutume d’appeler une « chanson triste » : celle d’une femme qui attend son homme, pêcheur parti en mer, en priant la madone de lui rendre son mari sain et sauf. De la tristesse, il y en a dans les chansons de Mayra : quand une jeune femme pauvre du Cap Vert se rend dans la capitale pour y trouver son prince charmant, c’est la désillusion qui l’attend à la fin du voyage (« Mana »). Pourtant, écouter Mayra chanter est tout sauf triste. C’est même une expérience rare (voir notre compte-rendu de son concert du Satellit Café en janvier 2005). Ses récentes prestation du Café de la Danse le confirment devant un pulic de plus en plus nombreux (et transi d’amour pour elle) : cette jeune femme de 21 ans est faite pour chanter (comme un pommier pour faire des pomme). Et enchanter. Dans sa robe de soirée, accompagnée d’une formation réduite (deux guitaristes, un bassiste, et un percussionniste époustouflant), elle défendait les titres de « Navega ». Défendre est une terme bien guerrier pour une chanteuse qui n’a pour arme qu’un sourire, mais quel sourire ! Et quels yeux ! Et quel voix ! Disons que Mayra défend ses chansons comme une mère defend ses petits, par instinct de protection. Et même si le chansons de Mayra naviguent parfois sur une douce mélancolie, elles ravissent l’âme de l’auditeur, content d’avoir le coeur triste.

   Pour son premier album, Mayra Andrade n’a pas choisi un pro de la world music comme réalisateur, mais Jacques Erhart, qui a collaboré avec Camille ou avec Henri Salvador. Si le propos de « Navega » est aussi apprêté pour le grand public que celui de « Chambre avec vue », avec lequel le Guyanais refit surface en 2001, l’esprit est respecté et Mayra adoucit encore son style. Le diamant brut, accompagné d’un groupe tout en dynamique, brille aujourd’hui de manière différente, plus raffinée encore. Et une chose transpire comme avant : Mayra irradie. D’une rencontre avec Tété est née la chanson « Comme s’il en pleuvait ». Au premier abord, parmi les chansons signées Orlando Pantera ou un hymne à la démocratie qui ouvre l’album, c’est la chanson « quota Toubon », l’alibi francophone, le sésame radio. Mais c’est Mayra qui a soufflé à Tété l’idée de la chanson : celle d’une vieille femme pauvre (encore une) qui vit dans la rue, à Praia, et qui dit à une jeune femme qu’autrefois elle a connu les roses, les billets doux et les prétendants « comme s’il en pleuvait ». Et Tété en fait une chanson au charme surrané (les roses trémières) que Mayra chante comme un classique. L’histoire de la rencontre avec la vieille dame est vraie, affirme Mayra, qui a semé de jolies graines sur cet album. Et va très vite récolter les honneurs… commme s’il en pleuvait.

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Jean-Marc Grosdemouge

Mayra Andrade « Navega », 1 CD (Sony BMG), 2006

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