The White Stripes "Get behind me satan"

   En ces temps où de nombreux musiciens usent d’une débauche de technologie pour créer, l’invention est-elle toujours synonyme d’ordinateurs, de studios luxueux, de budgets pharaoniques, de sessions d’enregistrement à ralonge ? Certes non, assure Jack White dans la presse à l’occasion de la sortie de ce nouvel album du duo qu’il compose avec sa fausse soeurette de batteuse, Meg.

get behind   Se posant comme des anti-Coldplay, les White Stripes disent « arrière Satan du grand capitalisme ». Il est vrai que si EMI attend beaucoup de l’album « X & Y » de Chris Martin et les siens pour redresser le cours de l’action boursière de la major britannique, chez Beggars, la PME fondée par Martin Mills, il n’y a aucun actionnaire à rétribuer. Tout est familial, les banquiers n’ont pas leur mot à dire dans la manière de gérer l’artistique, le marketing ne canibalise pas la création, et l’on travaille pour l’auditeur.

   La seule action que les Bandes Blanches souhaitent voir s’apprécier, c’est celui de votre pied, sommé de marteler la mesure au son de ce blues moderne (« Blue orchid »). Quant à votre tête qu’elle veuille bien s’il lui plaît dodeliner au rythme de ces ballades rock comme « White moon » (qui, au passage, fait penser à « L’homme à tête de chou ») ou I’m lonely (but I ain’t that lonely yet). A mille lieues des chants propres sur eux d’un Ben Folds ou d’un Ed Harcourt, Jack White, qui tient également la guitare, chante d’une manière un peu outrée, comme le Prince des débuts.

   Il laisse parfois le micro à Meg (« Pasive manipulation ») mais la (mini) révolution des White Stripes, qui a érigé le minimalisme (tant au niveau des couleurs que de l’instrumentation, qui doivent toujours aller par trois)consiste à avoir introduit du marimba (« The nurse ») et du piano (« My doorbell », « Forever for her (is over for me) », « The denial twist », « White moon », « Passive manipulation », « Take, take, take », « I’m lonely (but I ain’t that lonely yet) ») dans ses compositions. Le tout sans rien perdre de ce qui fait le son si caractéristique du groupe : de la furie concentrée en morceaux courts. Le piano est d’ailleurs utilisé pour ses qualités percussives. The White Stripes ont compris que cet instrument est un instrument à cordes frappées, et Meg a enfin un adversaire à sa hauteur. Car la jeune femme frappe comme une brute… et pourtant, ce n’est pas elle qui a refait la face d’un membre des Von Bondies.

   Voici donc une manière originale de donner un successeur soniquement digne à l’album « Elephant » (pas de baisse de régime de la part du groupe, qui a pourtant beaucoup travaillé et tourné ces derniers mois) tout en évitant les redites. Oubliez les comparaisons avec Jon Spencer ou Led Zeppelin : désormais The White Stripes sonnnent comme The White Stripes. Tout en évitant d’être des copies carbone d’eux mêmes. Chapeau bas.

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Jean-Marc Grosdemouge

The White Stripes « Get behind me satan », 1 CD (XL/Beggars), 2005

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