Quartet Buccal "Quartet Buccal"

Quartet Buccal "Quartet Buccal"

L’actualité “événementielle”, souvent chaotique, rattrape parfois l’actualité musicale, d’essence plus sereine, puisqu’il y est question de sorties de disques, de concerts et d’enregistrements, événements le plus souvent planifiés. En l’occurence, entre la réception de cet album et le moment où nous avons appris les villenies subies par ce groupe, en proie à une méchante répressionde la part du député-maire UMP de Savigny-sur-orge, il ne s’est passé qu’une petite semaine.

Voici les faits, tels qu’ils ont été rapportés : en résidence à la MJC de Savigny depuis quelques années, le groupe féminin Le Quartet Buccal, qui a notamment fait grève cet été pour faire entendre sa voix (sans jeu de mots) dans le conflit opposant MEDEF et intermittents, a récemment participé à une soirée des associations de la ville. Au beau milieu du show, le groupe interrompt la représentation pour lire un texte à ce sujet. Une conseillère municipale demande à ce que les techniciens coupent le son, ce qui lui est refusé. S’ensuit une pression de la mairie sur la MJC (qui perçoit des subventions de la part de la commune), et se tient un conseil d’administration extraordinaire de la dite MJC, laquelle vote le départ de la compagnie.

C’est moche, très moche, de voir la culture attaquée et la liberté d’expression baillonnée. Cela ressemble à un vieux film chilien, à une rediffusion des programmes de l’ORTF à l’heure de la couleur. C’est donc avec un peu plus d’attention que d’habitude que l’on se penche sur ce disque de chansons, pour y découvrir, en effet, une bonne dose de subversion : une chanson traîte de l’immigration (“Malika”), et une autre s’adresse au pape à propos des ses prises de position (là encore sans jeu de mots) sur la contraception (“Jean-Paul”).

On entend aussi Le Quartet Buccal chanter le sexe : le clitoris (“Depuis l’aube”), le plaisir de “succomber à la douce volupté, au jeu d’Adam et Eve” (“Poème”), la masturbation avec un concombre (“Pleine lune”), ou la pilosité, sous forme d’une chanson à la manière de “USA for Africa” ou “Ethiopie”. Même quand il s’agit d’une rencontre dans un bal (“Harcelante rencontre”), on vire vite dans l’explicite : “Nos corps se veulent, ils ont raison !” disent les paroles. Autrement dit, même si Véronique Ravier, Corinne Guimbaud, Claire Chiabai et Marisa Simon savent donner dans la chanson d’amour comme Les Elles (“Babette”) ou la chronique familiale douce (“Le coussin rouge”), elles sont aussi un peu plus politiques (une chanson contre la chasse) et rock’n’roll que bien des groupes.

Au fond, c’est peut-être ça qui ne plaisait à monsieur le maire de Savigny-sur-Orge. Il devrait suivre le conseil de ce groupe : devenir adepte des plaisirs buccaux. Ou de ceux du concombre.

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Quartet Buccal “Quartet Buccal” (Créon Music/Virgin), 2003

première publication : mardi 7 octobre 2003

Jean-Marc Grosdemouge